Territoires ruraux

Les expériences à découvrir

Trémargat, un état d'esprit plus vert et plus solidaire

A Trémargat, dans les Côtes d’Armor, la solidarité, l’entraide ou l’écologie ne sont pas de vains mots. La petite commune bretonne est depuis 25 ans un laboratoire à ciel ouvert de projets alternatifs, de solidarité et d’entraide. Cette dynamique s’enracine dans une histoire longue. En 1995, les « nouveaux » remportent la mairie, tenue jusqu’alors par une famille « historique » du village. Ils mettent en place une véritable démocratie participative à l’échelle locale, avec la volonté de promouvoir l’écologie et la solidarité. Leur première décision est de pratiquer la politique de la mairie tournante : le maire ne fait qu’un seul mandat. Il applique un programme décidé en commun avec les habitants. « Avant les élections, quatre réunions publiques sont organisées, explique Mélanie. On y fait le bilan du mandat précédent et on définit ensemble les priorités du suivant. Ensuite, ceux qui le souhaitent se portent volontaires pour constituer la liste. ».

Nombreux sont ceux qui restent ensuite impliqués, via les comités consultatifs constitués pour suivre la mise en place de chacun des thèmes du programme. Tout n’est pas idyllique : « Ça ne se fait pas tout seul. Il y a des clashs, des désaccords, des débats interminables, des projets qui n’aboutissent pas, des gens qui ne participent pas. Mais dans l’ensemble ça fonctionne, la plupart des gens qui vivent là partagent un même état d’esprit et sont emportés par cette dynamique collective. Ça donne envie de s’impliquer à son tour. »

De nombreux projets ont vu le jour : café associatif, plan local d’urbanisme (PLU) pour un Trémargat plus autonome. La commune est alimentée en électricité Enercoop. Sur les 14 fermes que compte le village, 12 sont aujourd’hui adhérentes au Cedapa (Centre d’étude pour le développement d’une agriculture plus autonome) qui promeut une agriculture durable. Malgré l’anticléricalisme d’un bon nombre d’habitants, la commune a aussi accepté de gérer la rénovation de l’église, financée à 90% par des subventions, à condition que, désacralisée, elle puisse accueillir les associations.

22110 TREMARGAT – N° 172 – 2018

A lire

Un article de Basta! : Trémargat, laboratoire d’alternatives et de démocratie participative à ciel ouvert

A voir : Trémargat, la volonté de faire (2013)

Langouët, deux décennies d'écologie dans le village breton

Ce village de 600 habitants a notamment fait l’actualité en mai 2020, à la suite d’un arrêté municipal limitant l’épandage de pesticides sur sa commune. Langouët a entamé sa transition écologique bien avant toute cette attention médiatique.

Tout a commencé avec l’école maternelle et primaire, il y a 20 ans, avec ses panneaux photovoltaïques, son système de récupération d’eau de pluie pour les toilettes, son intérieur tout en bois, son potager et surtout, l’une des première cantines de France à passer au bio il y a 15 ans.

Un nouveau projet de lotissement est en construction tout près du centre du village. Huit maisons en bois avec une très faible consommation énergétique, des panneaux solaires, un jardin partagé, pas d’éclairage public pour préserver la biodiversité.

Pour les transports, la commune teste plusieurs solutions : une flotte de voitures en auto-partage dont une voiture électrique que les habitants peuvent louer à l’heure ou à la journée. La commune encourage également le co-voiturage. Et un groupe de travail réunissant citoyens et institutionnels planche sur un nouveau un système de location de voitures entre voisins.

35630 LANGOUET – N° 273 – 2020

A écouter

L’émission La Tête au Carré sur France Inter a consacré une série de reportages à Langouët : « Le village breton laboratoire écologique »

Soudorgues, quand la participation associe Cévenols et nouveaux venus, entreprenariat et bénévolat

Soudorgues est une petite commune des Cévennes, à 500 m d’altitude, dont la population est passée de 800 habitants au XIXe siècle à 200. La population augmente depuis lors, et atteint aujourd’hui 300 habitants, grâce à la capacité qu’ont eu ses familles de souche d’accueillir et d’intégrer de nouveaux venus. Cette alliance a généré des pratiques de démocratie participative et de nombreuses réalisations bénéfiques pour le village facilitant la création d’emploi.

Ce qu’apporte la démocratie participative

Depuis 1990, différentes commissions se réunissent en fonction des besoins, à la demande du maire, d’un adjoint ou d’un des participants. Les commissions s’organisent librement. Leur travail génère des propositions concrètes pour le mieux vivre ensemble, des réalisations pratiques d’aménagements, des économies pour diminuer les dépenses. Une fois les décisions validées par le conseil municipal, les membres des commissions peuvent, le cas échéant, participer à la mise en œuvre des projets. Chaque commission compte parmi ses membres un ou deux conseillers, ce qui permet de travailler en étroite collaboration avec la mairie.

La démocratie participative a permis de donner la parole aux citoyens qui le souhaitent, en les invitant à passer d’un statut passif d’administré à celui de citoyen engagé et fier de sa commune. L’humain prime sur l’économie, la priorité est donnée à la qualité de la réflexion (recherche de solutions nouvelles et prise en compte de toutes les conséquences) ainsi qu’aux modalités du débat (respect des opinions contraires et dépassement des divergences). Cela conduit à des propositions mieux partagées.

  • pour les citoyens, s’associer à l’élaboration des décisions publiques, améliore la qualité des débats et des services publiques : cela permet de participer plus directement à la construction de l’intérêt général.
  • les élus ne se sentent plus isolés mais épaulés par les habitants. La participation ne s’oppose pas aux les institutions représentatives existantes (rôle du maire et du conseil municipal) mais leur est plutôt complémentaire.

Faire partie d’une commission, c’est aussi évoluer en fonction des arguments échangés et s’émanciper, car « ce qui distingue l’esclave (ou le dominé) de l’homme libre, c’est que seul le second a un pouvoir d’initiative ». D’où l’importance donnée à la qualité de l’information… Bien informer, c’est former des citoyens. Mal informer c’est former des sujets passifs. Pour peu qu’elles soient correctement animées, ces commissions donnent une chance égale à chacun de se forger une opinion et de la faire partager.

Dans chaque commission il est important d’être à l’écoute de tous les participants (certains sont plus timides que d’autres… et n’en ont pas moins d’opinion légitime !). Toutes les décisions ne peuvent pas être prises à l’unanimité. Tout conflit doit se traduire par une négociation, plus ou moins longue, où d’autres facteurs sont à considérer : les contraintes économiques, l’intérêt collectif… Il faut accepter de faire des concessions quand il s’agit du mieux vivre ensemble, que le moment n’est pas opportun, ou qu’ils ne concernent que trop peu de personnes pour être portés au niveau du village.

Des projets qui combinent activité économique et bénévolat

Le « Village actif », a permis d’installer de nombreux projets économiques : au départ, 1990, Biotope, Pensée sauvage et Armoise (une coopérative, une association, une SARL). Puis Armoise est partie mais d’autres petites entreprises sont venues s’installer (ostéopathe, Yoga, musicien).

L’atelier des Cadenèdes permet à sept artisans ou auto-entrepreneurs soudorguais de développer leur activité a été rendue possible, là aussi, grâce à un montage qui incluait dès le départ, en complément de subventions et d’investissements municipaux, une part de participation citoyenne et de bénévolat. Des bénévoles sont venus parfois de loin pour apprendre des techniques de construction écologiques.

Plusieurs soudorguais ont apporté leur aide bénévole à la réfection du foyer et son agrandissement, dont plusieurs membres du Conseil municipal. Cela a permis de limiter les coûts et de rendre le projet viable. L’installation du photovoltaïque assure le remboursement de l’emprunt contracté pour sa réalisation. Le chauffage au bois alimente le foyer, la mairie et l’école permettant une économie substantielle pour la commune.

La complexité est dans le dosage du bénévolat qui ne doit pas entraver le développement des entreprises locales. Il est donc développé quand l’économie réalisée est nécessaire pour mettre en place un projet. Le bénévolat est source de d 6’enrichissement de chacun et un ciment entre les citoyens.

Une construction commune de l’intérêt général

La construction commune de l’intérêt général repose aussi sur le rapport de confiance qui s’instaure avec les financeurs et les techniciens quand un projet se réalise dans de bonnes conditions… Cette  confiance permet, à son tour, de réaliser de nouveaux projets. Chaque projet se nourrit des précédents réussis. Les limites sont, de fait, posées par la participation des citoyens aux commissions.

La démocratie participative réactualise l’idéal des inventeurs grecs, qui estimaient que« des hommes libres, par-delà la contrainte, la violence et la domination, ont entre eux des relations d’égaux » et que « toutes les questions de la vie commune doivent être traitées par la discussion et la persuasion mutuelle ». Alors qu’on voit monter une interrogation croissante sur les limites de la démocratie représentative, la professionnalisation du politique et son éloignement des citoyens, la démocratie participative permet à chacun(e) de réfléchir et d’agir, non seulement sur les affaires de la commune, mais aussi sur celles de l’Etat.

30460 SOUDORGUES – N° 225 – 2017

Un clin d’oeil avec le joli clip réalisé par le SYMTOMA Aigoual Cévennes Vidourle avec les enfants sur le tri des déchets ménagers. A voir sur le site de la communauté de communes

A Arvieu, les conseils de village autoconstruisent un développement économique et convivial

Depuis 2014, à Arvieu (900 habitants) dans l’Aveyron, des conseils de villageois auto-construisent avec les élus un développement économique et convivial de leur commune. Au départ, les élus, décidés à mener une démarche participative, ont organisé deux réunions publiques auxquelles ont participé plus de 90 habitants. Dix conseils thématiques se sont mis en place, d’une dizaine de personnes chacun, reposant sur un engagement bénévole des habitants et des élus.

En 2016, les habitants se sont de nouveau réunis afin de redessiner le cœur de bourg avec l’aide d’un architecte. La fibre optique arrivant jusqu’au village, ils adoptent le projet d’y développer des services connectés à très haut débit. Pour « Arvieu 2020 », les objectifs ont été fixés avec les habitants : installation de 20 nouvelles familles, 30 emplois fixés localement (20 actuellement), rénovation de 3 à 10 logements attractifs, occupation des cinq lots actuellement vacants, création de 20 événements dans les nouveaux espaces partagés, développement de filières locales pour favoriser une activité agricole rentable et pérenne, rénovation de l’habitat en centre-bourg….

Pour réussir une telle mobilisation, il faut ne pas compter son temps, mais il faut aussi des leaders, de la convivialité, et la confiance. Une stratégie de communication permanente a été mise en place. Mais pour être ancrée dans la durée, la mobilisation doit être réactivée en permanence. 

12120 ARVIEU – N° 248 – 2016

A lire

Un article de Tourmag : « Arvieu, un village d’où personne n’a envie de repartir »

A Alzen, l'alliance entre Ariégois de souche et néo-ruraux a généré un dynamisme hors du commun

A Alzen, petit village de l’Ariège, une alliance s’est nouée il y a 30 ans entre les Ariégeois d’origine et les néo-ruraux sous l’impulsion d’un jeune maire, André Rouch, enfant du pays. En 1989, il n’y avait pas plus que 80 habitants. Le village en compte aujourd’hui 250, en majorité des jeunes. Comment cela a été possible ? L’idée première a été de faire trois logements sociaux dans le presbytère abandonné en accueillant des familles avec un projet. L’arrivée des enfants a permis de rouvrir l’école. Une dynamique positive s’est créée, avec des habitants beaucoup plus jeunes qui ont entrepris de reconstruire les ruines, de mettre en place les services dont ils avaient besoin, d’inventer une culture commune, sans moyens au départ. La multiplication des projets a permis d’inverser la perte de population. La commune compte 17 logements sociaux. Ce dynamisme s’est propagé ensuite à la communauté de communes de la Bastide de Sérou, et se poursuit à travers des dizaines de projets. Tout en restant maire d’Alzen, André Rouch est devenu président de la communauté de communes, à qui il a transmis son dynamisme et sa capacité à construire des projets.

Les services d’un bourg centre, permettant la poursuite d’une politique d’accueil

Les services mis en place en fonction des attentes des habitants répondent aux exigences que peuvent avoir des urbains venus s’installer et des jeunes adultes. On aujourd’hui, outre l’école primaire, une salle polyvalente, une bibliothèque, un espace associatif, un terrain de sport et de jeux, le ramassage des encombrants. Une cantine scolaire bio fonctionne depuis 2003 à partir de circuits courts avec des agriculteurs proches. Sur les 17 logements sociaux, 15 sont communaux, et la commune poursuit sa politique d’accueil des nouvelles populations. Plusieurs nouveaux projets sont en cours de réalisation : la réhabilitation de l’ancienne école, la  création de deux logements sociaux au-dessus de l’école, la réouverture des santiers de randonnées

L’écomusée d’Alzen.

L’écomusée, créé grâce à un chantier d’insertion,  s’est peu à peu diversifié et comprend aujourd’hui :

  • une ferme traditionnelle, qui a pour objectif de faire vivre les traditions dont nous avons besoin pour demain, au travers de la préservation de races locales Pyrénéennes ou par une pratique respectueuse de l’agriculture biologique
  •  la Table Paysanne qui offre durant l’été une cuisine faite à partir de productions venues de la ferme et du jardin et d’un approvisionnement local en produits bio et fermiers
  • un service traiteur qui permet d’assurer, par le biais de l’association Casta, des célébrations en tous genres et qui se déplace partout en Ariège
  • des animations, de la célébration du brame du cerf aux soirées contes.

 

L’écomusée est aujourd’hui le principal outil d’animation et d’accueil touristique de la commune, et l’un des principaux de la communauté de communes de la Bastide de Sérou.

Une population jeune et en expansion

Depuis quelques années, la commune connaît un fort accroissement de sa population grâce à ce dynamisme qui la rend très attractive. De 1976 à 2016, date du dernier recensement, la population d’Alzen est passée de 60 à 260 habitants avec beaucoup de jeunes. L’école accueille 54 enfants. La commune d’Alzen poursuit sa politique d’accueil de nouvelles populations. Elle compte 17 logements sociaux dont 15 sont communaux.

Une nouvelle étape ?

André Rouch, leader charismatique depuis l’origine, est décédé brutalement en décembre 2018. Il était également président du Parc naturel régional. Comme chaque fois qu’un leader participatif disparaît, les méthodes évoluent nécessairement après son départ. Cela peut signifier la fin de l’expérience ou la libération d’énergies nouvelles. Il serait nécessaire de savoir comment les choses ont évolué.

09240 ALZEN – N° 86 – 2019

A lire

Un article d’Euromontana : « Comment la commune d’Alzen a quadruplé sa population en 40 ans »

A Tordères, la participation bloquée par des propriétaires non résidents

 

A Tordères (180 habitants, Pyrénées-Orientales), depuis les élections de 2008, un système de démocratie participative s’est mis en place à travers des commissions populaires extramunicipales ouvertes à tous les habitants (enfants, ados et adultes confondus) et aux propriétaires terriens.

Les trois quarts des décisions fondamentales se sont prises dans ces commissions, avec 30 réunions publiques en six ans et jusqu’à 40 participants aux commissions (urbanisme, environnement).

Les projets les plus importants ont été la restauration de l’église et le développement d’activités culturelles pérennes (bibli et sa grainothèque municipale, Chorale Populaire de Tordères, les spectacles pour enfants, les concerts, etc., à la portée de tous grâce à la participation libre. En 2015, on a dénombré plus d’une douzaine de manifestations (jeux, concerts, bals, fêtes, repas) grâce au dynamisme engendré et aux nombreuses associations. Ici, la population ne perd jamais une occasion de danser la Sardane, et de danser tout court.

Enfin, la commune a aussi fait parler d’elle dans les grandes luttes locales, contre un projet éolien de grande taille et dont la production énergétique n’était pas réinjectée dans la commune. Un bras de fer a été engagé avec la préfecture contre un Plan de prévention incendies qui aurait rendu la commune habitable uniquement aux gros salaires (du fait du coût très élevé des assurances en Zone rouge), une contestation qui réunira par la suite 52 communes.

Mais en cours de mandat, les choses se sont gâtées. Des propriétaires terriens ont souhaité participer aux commissions, ont manifesté leur mécontentement (pour que la constructibilité soit élargie à leurs terrains, tandis que le reste des habitants ne souhaitaient plus d’urbanisation à outrance). Ils se sont mis à noyauter les commissions et à en faire des lieux de discorde et d’invective. Depuis 2014, les commissions se réunissent beaucoup moins et l’équipe municipale aborde les grandes questions sous forme de questionnaires ou d’enquêtes publiques. Pour l’avenir, l’élaboration du PLU constituera un enjeu essentiel.

Conclusion : en zone touristique, il est important de réserver des espaces de concertation ou citoyens résidant dans la commune.

Lire aussi un article plus long de Changer de Cap

66300 TORDERES – N° 251 – 2016