2013

Au cœur du Parc régional naturel de Haute-Corse, la vallée de Giussani est le berceau de la famille du comédien Robin Renucci. Pour aider ses compatriotes à sortir cette microrégion de son isolement, l’enfant du pays y a créé en 1998 un pôle d’éducation et de formation par la création théâtrale, dans la tradition de l’éducation populaire, avec la volonté de créer un foyer d’échange et de rayonnement par le brassage des disciplines théâtrales.  En 20 ans, l’ARIA (Association des Rencontres Internationales Artistiques en Corse) a mis en place une véritable dynamique de développement local en accueillant plus de 1 200 stagiaires de tous pays, avec près de 200 spectacles (dont une vingtaine en langue corse) et en donnant 550 représentations et des activités tout au long de l’année, ouvertes à tous : comédiens professionnels et amateurs, techniciens, costumiers, enseignants, étudiants…. Les Rencontres Internationales de Théâtre en Corse, qui attirent l’été 2 000 spectateurs chaque jour, ont fait sa renommée. Un Office du tourisme a vu le jour, la capacité d’hébergement s’est accrue, le tissu associatif s’est réactivé, l’école communale a multiplié ses effectifs par quatre. L’association a créé quatre emplois permanents et verse chaque année des cachets à une cinquantaine de metteurs en scène, artistes, interprètes, techniciens… Le Syndicat mixte du Giussani accompagne le processus en créant des emplois permanents.

Contact

Robin RENUCCI, ARIA (Association des Rencontres Internationales Artistiques en Corse) 04 95 61 93 18 aria.olmi@wanadoo.fr 20259 Olmi Cappella  Pour en savoir plus http://www.aria-corse.com

Robin-Renucci

Robin Renucci à A Stazzona © Gérard Balducci

 

Rencontre avec Robin Renucci Août 2018

Par Marie-Hélène Bonnot Les Trois Coups

Depuis deux décennies, la grandiose vallée du Giussani en Haute-Corse revit avec les vers de Shakespeare ou Molière, avec les mots d’auteurs contemporains, grâce à l’engagement d’artistes, d’élus, de bénévoles tous amoureux du théâtre conscients que l’avenir de la jeunesse passe par l’éducation populaire et artistique.

En 1998, l’acteur Robin Renucci, disciple de Jean Vilar et de Charles Dullin, rêvait de faire renaître, par la culture, les villages de Balagne, dont il est originaire. Il rêvait d’un théâtre au cœur des forêts de châtaigniers et de chênes, dans un territoire oublié. Il rêvait d’un théâtre formateur, éducateur. Pas d’un théâtre consommateur. Le public serait acteur, « spec-acteur » comme on l’appelle ici.

Aujourd’hui, l’Aria fête ses vingt ans autour d’un vrai théâtre en bois construit dans le village de Pioggiola, dans le respect de l’environnement. Son nom : A Stazzona (la forge, en corse). Une expérience unique sur laquelle revient Robin Renucci.

L’Aria fête ses vingt ans. Comment en êtes-vous arrivé là ?

Robin Renucci : C’est un long chemin, bien que cela nous semble être hier. Cela vient de ma renaissance dans ces petits villages de montagne où j’ai appris à marcher. Même si je suis né au Creusot, mes vraies naissances sensorielles de vie, de désir d’enfant et d’adolescent se sont passées ici.

En 1998, on a fondé l’association. On a très vite été rejoint par les élus et les habitants qui ont compris collectivement notre projet. On a pu obtenir des fonds permettant de financer la réhabilitation du lieu d’hébergement et de restauration (le bâtiment Battaglini) et de construire ce beau théâtre A Stazzona, qui nous permet de travailler aisément tout au long de l’année. Car l’Aria, c’est un projet au long cours. On le connaît surtout en été, mais le travail s’effectue toute l’année. 

C’est un lieu de création, pas un lieu de diffusion ?

C’est un lieu de création, de formation, de transmission. Plus précisément de la formation par la création. En effet, l’outil, c’est la création : réaliser quelque chose ensemble qui est partagé et montré au public à la fin de la formation, qu’elle soit de 15 jours ou d’un mois (ce qui est le cas l’été). Ici, il se passe toujours quelque chose. Par exemple, en plein hiver, 30 ou 40 personnes – presque autant que d’habitants dans le village de Pioggiola – viennent assister aux résultats des formations, c’est-à-dire des créations théâtrales. « On n’a jamais voulu être un festival »

Cela a-t-il permis des créations d’emplois dans ces villages ?

Il y a sept permanents à l’association, plus trois emplois civiques que nous tentons de transformer en emplois à durée indéterminée. L’Aria est le premier employeur de la micro vallée. C’est quand même une responsabilité importante.

De plus, toutes ces fidélités (au territoire, à la Corse, à l’éducation populaire, à la pratique théâtrale) ont donné un vrai élan. Aujourd’hui, nous sommes rejoints par un public de plus en plus nombreux qui comprend de mieux en mieux ce que nous faisons. En adhérant pour 25 euros, le spectateur peut voir tous les spectacles présentés dans la première semaine du mois d’août. Pour autant, ce n’est pas un public consommateur. Il est membre d’une association qui a des ramifications ailleurs qu’ici, qui parle de nous à l’extérieur et qui dynamise notre action. Pour nous, c’est une grande réussite politique d’avoir pu fédérer à ce point et surtout, de durer.

« L’Illusion comique » de Pierre Corneille © Serge Nicolaï

L’enthousiasme du début n’est jamais retombé ?

Au contraire, il s’est renforcé. Nous avons été attentifs à la réception et nous continuons à l’être. Les choses sont toujours fragiles car, comme la vie, tout peut arriver. Nous avons toujours alimenté ce feu, cet arbre qui pousse et qui se renouvelle régulièrement avec ses feuillages et ses fruits. Nous veillons à ne pas nous scléroser. Les encadrants (les cadres qui m’accompagnent, les metteurs en scène, les techniciens) sont d’ailleurs sans cesse renouvelés. 

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