Changer de cap

Flagrant délit

Le vendredi 23 août 2019, dans le campement du contre-sommet à Hendaye, le débat porte sur violence-non violence, du fait de sur la volonté manifestée par plusieurs groupes de manifestants d’aller à Bayonne le lendemain, après la manifestation pacifique et cadenassée du matin à Hendaye (voir ici le CR de Médiapart). Un militant aperçoit une femme, en arrière-plan, en train de prendre des photos des uns et des autres avec son portable, qu’elle tient au niveau de son ventre. Vivement interpellée par des participants, alors que le petit groupe qui l’entoure tente de s’emparer de son téléphone, elle donne un coup sur l’objet puis s’enfuit, sans reparaître sur le campement. Sur le portable, on retrouve tout un trombinoscope envoyé à un contact de son répertoire, « Éric », assorti d’un résumé de la position qu’ils ont exprimée au micro.

L’incitation à des actions plus dures et radicales

Très active et efficace ces derniers mois elle participait à une dizaine de boucles de « gilets jaunes », en particulier celles ayant trait aux violences policières et aux poursuites judiciaires, « en mode véner », selon le vocabulaire militant, n’hésitant pas à « insulter les flics », critiquant les gilets jaunes « pas assez déterminés » Elle était liée notamment à Toulouse au « groupe des huit ». Le 22 février dernier, alors que ce groupe était réuni pour préparer l’acte XV, la police était intervenue. Perquisition et interpellations musclées, 48 heures de garde à vue pour tout le monde, puis procès le 12 mars suivant. Il y est apparu que l’un des huit, un dénommé Tristan, au casier judiciaire chargé, travaillait en réalité pour la police. « C’est quelqu’un dont il s’est avéré lors de l’audition qu’il avait, à plusieurs reprises, essayé de convaincre le groupe de mener des actions plus dures et radicales, type faire sauter des voies de train… ce qui ressemble bien à des méthodes d’infiltrés », note Claire Dujardin, avocate de plusieurs membres du groupe. Durant l’audition, Tristan a admis avoir suivi les consignes d’une policière. L’article de Médiapart, auquel on pourra se reporter, cite d’autres exemples d’infiltration.

Cet épisode montre que le gouvernement, loin de  combattre la violence, l’encourage et l’instrumentalise. L’infiltration des mouvements de la part de services de renseignements, est classique pour décrypter les intentions des militants, bien qu’il s’agisse déjà d’une logique de guerre sociale. Mais ici le gouvernement attise les violence à travers ses agents infiltrés au sein des mouvements les plus radicaux. Pour un infiltré démasqué, combien continuent à pousser aux débordements, à y participer sur place ? Il est troublant de voir les Black Blocks ressortir comme d’une boîte noire aux moments stratégiques où le pouvoir a besoin d’eux pour dissocier la mobilisation sociale. Il est difficile de prouver ce type de collusion, mais il y a des précédents.  En 2009, le Canard enchaîné relaté comment les policiers avaient infiltré la manifestation du 1er mai avec pour objectif de « faire monter la pression ». En 2010, Le Monde consacre un article aux interrogations qui se multiplient autour des « policiers casseurs » (voir ici l’article)

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