Entraide et citoyenneté

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Des réseaux locaux d'entraide dans les villages de Kabylie

Réseaux d'entraide en Kabylie - AlgérieTrois associations kabyles et l’association JID/MCM Mulhouse, facilitatrice des échanges de la diaspora algérienne en France, travaillent en partenariat pour développer des groupes d’ entraide citoyens et de services solidaires sur ce territoire d’Algérie. Il s’agit ici de faire face à la crise socio-économique, sanitaire  et politique du pays, mais aussi à la mondialisation qui réduit les efforts de solidarités locales et d’entraide.

Les associations de terrain Imghan, Tadukli N’AitKsila et Village du Monde-Azecole se fédèrent ainsi autour d’un projet commun et font converger leurs efforts, pour créer des espaces d’entraide dans une dizaine de villages. Ceux-ci sont conçus comme des maisons d’activité citoyenne et destinés à servir la communauté locale sous différentes formes : accueil, orientation, événements culturels et sociaux, célébrations, actions d’entraides…. Ces  maisons de village concernent toutes les catégories de populations (femmes, enfants, jeunes, adultes et seniors) et ont vocation à recenser les besoins et les services solidaires du quotidien.

Promouvoir l’esprit d’entraide citoyen en s’appuyant sur les valeurs ancestrales de touiza (œuvrer pour le bien commun), relier les expériences de développement local et de résilience citoyenne à l’échelle d’un territoire et les ouvrir sur d’autres expériences dans le pays et dans le monde, figurent parmi les objectifs du projet, qui a d’abord besoin d’équiper ses maisons de village (micro-ordinateurs, bureaux, connexion internet, consommables…) pour pouvoir fonctionner. Les actions d’entraide pourront alors se mettre en place à différents niveaux :

  • Sanitaire, avec contribution à la prise en charge médicale pour des personnes en situation de précarité
  • Judiciaire, avec l’assistance d’avocats bénévoles ou à moindre frais
  • Services aux personnes en incapacité physique 
  • Hébergement solidaire
  • Soutien éducatif pour des élèves en décrochage scolaire
  • Jardins partagés

Les principales personnes à bénéficier du projet sont les citoyens et plus particulièrement les catégories les plus démunies de la société. L’objectif est d’atteindre dix familles de chaque village, pour ensuite toucher une centaine de familles dans une première phase et essaimer vers le plus grand nombre.

KABYLIE (ALGERIE) – N°514 – 2022

Vingt ans de solidarité transfrontalière entre le Bad Würtemberg, Bâle et Mulhouse

Depuis 1998, des organisations citoyennes du Bad Wurtemberg (Allemagne), du canton de Bâle (Suisse) et de la ville de Mulhouse (notamment la Maison de la citoyenneté mondiale) se retrouvent régulièrement pour échanger leurs réflexions et analyses sur différentes thématiques, par exemple sur les mesures mises en place dans leurs pays respectifs contre le chômage et la précarité. 

Ces réflexions se sont élargies progressivement à de nombreux sujets : l’expérimentation de monnaies d’échanges et non spéculatives, les services solidaires, les structures d’insertion,  les coopératives, l’économie solidaire et distributive, le revenu universel et inconditionnel d’existence et bien d’autres sujets. « A un moment donné nous avons même monté une troupe de théâtre transfrontalière. C’est ainsi que nous avons appris à nous connaître, à nous reconnaître, à nous soutenir, à créer du lien », explique-t-on à la Maison de la Citoyenneté mondiale à Mulhouse

Initiative parmi d’autres, un réseau baptisé «  Voisins Solidaires » vise à créer des synergies entre différentes initiatives pour une alimentation saine, respectueuse de l’environnement à travers l’agro-écologie et un engagement citoyen actif et local. 

Les Voyages de l'espoir à Stuttgart (Allemagne)

La MCM mulhousienne est très engagée sur la Citoyenneté Mondiale, et mène dans ce cadre des projets transfrontaliers. Le réseau « des quatre pays » (Allemagne, Pays-Bas, Suisse et France) est à l’origine des Caravanes de l’Espoir, des « périples apprenants » à la découverte d’initiatives en Europe. La crise sanitaire a cependant contraint les organisateurs à revoir leur projet. Les Voyages de l’espoir se sont ainsi déroulés en Allemagne et en France en 2021, puis aux Pays-Bas en 2022.

En juillet 2021, la Conférence contre la pauvreté de Baden-Württemberg (LAK) a invité les membres du groupe transfrontalier de la MCM à un jour et demi de rencontres autour du projet de lutte contre la précarité du Paulinen Brücke, un pont séparant deux quartiers de Stuttgart et sous lequel se réfugient une centaine de précaires, dont beaucoup dépendent de la drogue : ceux-ci, aidés par la Conférence et ses travailleurs sociaux, et par les deux paroisses du quartier, se sont autoorganisés dans le Paule Club. Sous le pont, ces personnes en situation de précarité se sont exprimées, et ont exprimé leur ressenti, celui d’un  formidable espoir d’être respectées, écoutées, de pouvoir échanger d’égal à égal. Après des années dans la rue, de longues quêtes d’abri, de nourriture, de soins, années sans droits, leurs premiers besoins sont basiques – des toilettes, des bancs -, mais ces personnes rêvent aussi de containers dans lesquels elles pourraient se réfugier.

Les initiatives concrètes du Paule Club sont nombreuses. Des ateliers d’écriture et de théâtre sont menés par des bénévoles de la troupe An der Rampe. Un stand d’alimentation est tenu par Hari : autrefois SDF, il est aujourd’hui logé par le pasteur qui lui prête un stand et le terrain de l’église à côté du pont pour donner les invendus frais de marchés et de magasins, faire de la distribution de repas, de l’aide à l’accès aux droits…

Lors de cette rencontre, les représentants du groupe transfrontalier ont présenté leur vision sur la précarité et les droits de l’Homme. Un bureau des droits de l’Homme a fondé à côté du pont, avec le vœu d’ouverture d’antennes dans tous les pays.

MULHOUSE– STUTTGART – N°396 – 2022

La coconstruction de projets émancipateurs par des villageois du Mali et des migrants franciliens

L’association Bantindjouba regroupe les migrants franciliens originaires d’une quinzaine de villages de la commune rurale de Oualia au Mali (cercle de Bafoulabé, région de Kayes). Depuis plusieurs années, elle aide ses membres à coconstruire des projets porteurs de transformation sociale et d’émancipation émanant de ces 15 villages. Des jardins collectifs maraîchers agroécologiques ont été mis en place sur deux villages de la commune pour faire face à la sous-nutrition qui sévit dans la commune et. Ce besoin est en effet absolument prioritaire pour lutter contre l’insécurité alimentaire. 

A l’origine de ce projet, la volonté de l’association parisienne APICED de prendre en compte le migrant dans sa totalité, c’est-à-dire non seulement l’immigré mais aussi l’émigré qui se cache derrière tout immigré. Et la volonté de soutenir des initiatives porteuses de logiques de transformation sociale et d’émancipation dans les pays d’arrivée mais aussi dans les pays de départ, les deux étant intimement liées. Une recherche-action sur la nature des difficultés rencontrées et les réponses m possibles est menée avec le Centre d’économie sociale du CNAM et les membres de Bantindjouba.

PARIS (75011) – N°12 – 2020