Appel

Précarité : ne fermons pas les yeux

Le Forum précarité, initié par Changer de cap, a permis d’analyser les dimensions nouvelles de la précarité, d’échanger à partir de nos pratiques locales et de réfléchir aux alternatives.

Les réponses libérales du gouvernement français à l’épidémie de Covid 19 ont considérablement aggravé la situation des plus fragiles d’entre nous. Tout manque : l’emploi, la nourriture, pouvoir envisager l’avenir de nos enfants avec confiance, la possibilité de sortir de l’isolement, d’envisager un horizon…

Les femmes sont au cœur de ce cyclone, au front de toutes les luttes pour subvenir aux besoins les plus urgents. Cependant le gouvernement ne renonce pas à la réforme de l’assurance-chômage, imposée par décret, qui vise 3,5 nouveaux milliards d’économies sur les ressources des chômeurs. Ceux-ci ne sont pourtant officiellement que 42% à être indemnisés.

Mais cela n’est pas tout. La crise sanitaire et économique entraîne déjà un accroissement exponentiel du nombre de chômeurs, de précaires et de personnes n’ayant plus rien pour vivre. De nouvelles couches sociales, artistes, artisans, commerçants… – ainsi que massivement les jeunes, travailleurs et étudiants – rejoignent les millions de salariés privés d’emploi dépourvus de tout. Cette situation risque de s’aggraver avec les vagues de licenciements en cours et à venir.

Car le Covid n’est pas le seul ennemi des peuples. La gestion de la crise sanitaire vient accélérer une précarité de l’emploi et une insécurisation des travailleurs qui se développaient déjà depuis des années avec l’offensive néo-libérale. La Bourse s’envole pendant que l’économie s’effondre. Mais le gouvernement s’obstine à poursuivre son grand plan de privatisation de toute la société, continue de fermer des lits d’hôpital et de réduire les interventions publiques.

Les choix néo-libéraux créent de nouvelles inégalités qui touchent l’ensemble des catégories sociales et des besoins humains : se loger, se nourrir, se chauffer, apprendre, se divertir et se cultiver… Maintenant, le Ministre de l’Économie dit clairement que ce sera au peuple de payer la « dette ». La crise sanitaire sert de paravent à des attaques démocratiques, écologiques et sociales. Pour les précaires, c’est la triple peine, sociale, écologique et démocratique. Et le gouvernement entretient la peur, pour maintenir sa cote de popularité et affaiblir les mobilisations.

Derrière ces choix cyniques et irresponsables, c’est l’abandon des jeunes, des vieux, des classes populaires, de toute une partie de l’humanité, jugés jugés inutiles et transformés en surnuméraires afin de préserver « quoi qu’il en coûte » les privilèges des 1 %. Ce que nous vivons n’est que le banc d’essai des solutions qui seront apportées aux séismes climatiques, sanitaires ou géopolitiques des années à venir. C’est cette inhumanité que nous refusons.

Lors de ce premier Forum, nous avons pu présenter les choix et les actions que entrepris localement pour résister et inventer : de l’accompagnement ou de la solidarité alimentaire à l’auto-organisation des précaires dans, par exemple, des Maisons de chômeurs ou de la Citoyenneté, en passant par la construction d’entreprises, de modèles économiques de projets, humains locaux et nouveaux, conçus à partir d’autres valeurs comme avec le syndicat d’habitants CHO3 de Marseille, Terrain d’Entente de Saint-Étienne, l’Après-M du quartier Saint-Barthélemy ou la coopérative des coursiers de Bordeaux.

L’auto-organisation des intéressés est pour nous toutes et tous une réponse. Mais nous devons aussi faire émerger, du local au mondial, de nouvelles formes de gouvernance ancrées dans les communs et le bien commun. C’est ce que travaillent déjà de nombreux collectifs citoyens locaux, syndicats d’habitants, équipes municipales, en mobilisant les habitants et les acteurs d’un territoire autour de projets communs.

Nous savons que nous avons besoin aussi de perspectives et d’alternatives nationales et internationales. Le dérèglement climatique provoquera d’autres séismes sanitaires et écologiques auxquels le libéralisme ne saura répondre que pour protéger la toute petite minorité qu’il sert. De multiples propositions convergentes ont été formulées par les mouvements citoyens, les gilets jaunes, les marches pour le climat, ou de nombreux groupes notamment pendant le premier confinement.

Même si ce n’est pas à nous de trancher entre elles – mais aux citoyens et citoyennes eux-mêmes – dès aujourd’hui, face aux risques qui s’aggravent, il faut agir. Il est primordial de se rassembler largement pour construire ensemble des pistes permettant là où nous sommes de résister et construire, dans l’autonomie et la fraternité.

Tout de suite, il est urgent de nous mobiliser contre la réforme de l’assurance chômage que le gouvernement veut passer en force dès juillet. Une réforme qui dégrade encore la situation des précaires, notamment en augmentant la durée de travail nécessaire pour bénéficier d’une indemnisation. Déjà le chômage a augmenté de 7,5 % en 2020 et atteint 4 millions de demandeurs d’emplois, la précarité menace de nouvelles populations. Nous dénonçons le cynisme de cette politique irresponsable et à courte vue, injuste socialement, dangereuse écologiquement, qui nous met au seuil d’un nouveau krach financier.

Nous appelons l’ensemble des syndicats, des associations, des organisations qui ont la justice au cœur, les citoyens à considérer que cette réforme est en contradiction absolue avec les fondements de notre République et à nous mobiliser pour qu’elle ne voie pas le jour.

C’est le sens de l’appel que nous lançons à tous les citoyens responsables pour qu’ils prennent en compte cet enjeu vital pour un monde vivable, fraternel et solidaire. 

Pour signer l’appel, cliquez ici

Signataires

Organisations

Chôm’actif Clermont Fd ; Collectif « Changer de cap » ; Collectif citoyen de Bretagne (Louannec) ; Coordination Gilets jaunes Isère ; JID (justice-insertion-droit) ; Les Coursiers bordelais ; Maison de la Citoyenneté Mondiale Mulhouse ; Mobilisation ariégeoise des chômeurs solidaires ; RECit 38 ; Réseaux Espérance, pour un changement de mode de vie et un Revenu d’existence ; Stop Précarité ; Terrain d’entente (Saint-Etienne) ; Association Tous Azimuts (Romainville)

Signataires individuels

Etienne ADAM, Commission précarité d’Ensemble ; Laurence BART ; Thierry BENE ; Christian  BENEDETTI, directeur de théâtre ; Nedjma BENNEGOUCH, salariée ONG, Changer de Cap ; Françoise BLOCH, socio-anthropologue, Jean-Claude BOUAL de Cap, syndicaliste ; Alain BRAUD Chôm’actif Clermont Fd ;  Cécile CARRET ; Luc CHEVALIER Sud-emploi ; Luc CONDAMIN ; Pierre COURS-SALIES, sociologue ; Luc DARDENNE retraité CGT ; Sam DASSONVILLE ; Anne DASSONVILLE  ; Anne Florence DAUCHEZ ; Monique DEL RIZZO , Mobilisation ariégeoise des chômeurs solidaires ; Claire DESPREZ, psychologue de l’education nationale ; Valérie FAUVEAU ; Jennifer GARÇON ; Alain GELY statisticien, économiste, syndicaliste ; Raymond GIROU, La Vie Nouvelle ; Patrick GOUGE, Changer de Cap ; Jean-Jacques GREINER, ATTAC 68 ; Yves GUEYDON MNCP ; Josiane GUNTHER, Terrain d’entente ; Arthur HAY, Coursiers bordelais ; Odile HELIER ; Monique KAISER ; Laurent KIEM accompagnateur scolaire, Changer de cap ; Laurent  KLAJNBAUM Gilets jaune, Changer de Cap ; Hervé LE CORRE Asociation Tous Azimuts (Romainville) ; François LE MENAHEZE ; France LOIRAT ; Philippe MARTEL ; JACQUES MATHEZ Mobilisation ariégeoise des chômeurs solidaires ; Jean MAURIN ; Didier MINOT Changer de Cap ; Régis MOREIRA RECIT Isère ; Eliane ORCIERE ; Dominique ORSUCCI conseillère municipale, Changer de Cap ; Olga PAPP, chef-costumière, Jean Michel PERCHE Collectif citoyen de Bretagne Louannec ; Evelyne PERRIN économiste, Stop précarité ; René POMMARET ; Claude POURCHER Gilet jaune du Magny, Changer de cap ; Valérie PRAS Gilet jaune Isère ; Philippe RICHE Réseaux Espérance ; Monique et Michel SANCIAUD ; Jean-Pierre SERRES   ; Joan SHOLLIKER ; Fabrice THURIOT, universitaire, Roger WINTERHALTER Maison de la Citoyenneté Mondiale, Maire honoraire de Lutterbach, fraternologue ; Laurent Z. militant associatif.