Didier Minot, Tito Galli 18 juin 2017

Intermèdes, une pédagogie sociale intergénérationnelle et interculturelle en milieu ouvert

 

L’action menée

En 2017, Intermèdes anime 11 ateliers et actions hebdomadaires à Longjumeau (quartiers Sud), Massy (quartier Opéra), Chilly (quartier St Éloi), dans différents bidonvilles du Nord Essonne et dans les hôtels sociaux du quartier des Champarts à Chilly.

L’association mène son action en milieu ouvert pour les enfants les adolescents et les adultes, selon la pédagogie sociale, qui s’inspire des  pédagogues Célestin Freinet, Janusz Korczak,  Paulo Freire et Helena Radlinska. Elle associe les actions de terrain à une démarche de recherche, de réflexion et de formation.

L’équipe est composée de permanents (les  »pédagogues sociaux ») ainsi que de  »services civiques » et elle est enrichie par la présence active de nombreux stagiaires et de bénévoles. Le travail de réflexion, ouvert à tous, concerne tous les acteurs et tous les publics.

Intermèdes Robinson propose par ailleurs des sessions de formation à la pédagogie sociale. L’association expérimente dans le nord de l’Essonne des modes éducatifs intergénérationnels, interculturels, en milieu ouvert pour les enfants les adolescents et les adultes. Ces modes éducatifs peuvent être transposés à beaucoup d’autres situations, associations, collectivités ou  communautés plus importantes. L’équipe est composée de bénévoles,  »services civiques » et permanents (les  »pédagogues sociaux »).

Quelques exemples d’actions :

Les ateliers de rue

C’est l’outil même de base de l’association, au cœur de sa pédagogie. Le principe de l’atelier de rue est très simple : toutes les semaines au même endroit, à la même heure, quelle qu’elle soit la météo, toute l’année nous arrivons avec nos nattes et nos ouvrons nos ateliers… et cela dure pendant des années.

Quand nous arrivons nous créons avec les présents des espaces pour la petite enfance, des espaces pour des jeux de société, des espaces de création, des jeux en plein air, des occasions de prises de parole, un coin d’accueil pour les adultes qui n’oauraient que l’envie de se poser… La liste n’est pas exhaustive : elle s’enrichit et s’adapte en fonction de l’environnement et des initiatives des présents.

Que ce soit une cité, un bidonville, un hôtel social le principe ne change pas, la régularité est à la base d’une relation de confiance qui s’établit et qui crée, dans le temps, communauté.

L’autre constante de notre présence est l’inconditionnalité et la gratuité : les personnes (enfants, adolescents, adultes) viennent quand ils le décident, restent tant que ça les intéresse et partent quand ilS veulent.

Les ateliers se terminent régulièrement par un goûter partagé entre tous les présents et par une assemblée où chacun exprime son ressenti et ses attentes pour la semaine suivante.

Les ateliers sont précédés par une réunion de préparation au cours de laquelle les pédagogues sociaux avec les stagiaires et les  »services civiques » se mettent d’accord sur les propositions qui seront faites en arrivant et sur leur organisation.

Juste après l’atelier une réunion de débriefing a lieu sur place : tous les intervenants s’expriment pour faire le bilan, avancer des suggestions pour la suite et décider ensemble les propositions pour la semaine suivante.

Les ateliers cuisine

Les ateliers de cuisine peuvent prendre différentes formes.

A – Pendant les ateliers de rue hebdomadaires. Pendant les ateliers hebdomadaires nous organisons souvent des ateliers cuisine pour préparer ensemble le goûter. Des enfants et des adultes se joignent à nos pédagogues et préparent ensemble des crêpes, des gâteaux, des boissons… Le sens de ces moments est multiple.

La pédagogie sociale est une pédagogie de transformation et de travail commun. Cela nous vient aussi bien de Radlinska que de Freinet. Créer des choses ensemble est vital pour se mettre dans une dynamique de transformation de son environnement. De plus les enfants ont besoin de travailler avec des vrais outils : les outils des adultes. C’est émouvants de voir comme les yeux des enfants brillent quand ils se rendent compte qu’ils peuvent utiliser des vrais outils et pas les faux en plastique faits pour les petits.  Il est impressionnant de voir des enfants dits  »hyperactifs » concentrés pendant des minutes et des minutes en remuant la pâte pour faire des gâteaux.

B – La cuisine au local. Une déclinaison de la cuisine communautaire est la cuisine que nous faisons au local avec les familles logées dans les hôtels sociaux . Dans les hôtels sociaux les familles n’ont pas le droit de cuisiner. Tous les vendredis matin les femmes avec des pédagogues sociaux font la cuisine pour elles et pour la cantine du midi ouverte à tous les présents. Pendant que le mamans cuisinent des travailleurs sociaux réalisent des ateliers d’éveil avec les enfants.

C – La cuisine dans la rue. A l’occasion d’événements nos pédagogues sociaux préparent avec les présents volontaires des plats en quantité qui sont servis gratuitement à tous les présents : nous nous organisons pour qu’il y en ait pour tous.

La troupe Aven Savore

En s’appuyant sur l’expérience, le soutien et la formation de la troupe tzigane slovaque des Kesaj Tchave (les enfants de la fée) l’association a créé une troupe de danse et chant Rom avec les enfants des camps et des cités : son nom est Aven Savore ce qui signifie  »venez tous ».

Cette troupe se produit désormais régulièrement dans les salles du nord de l’Essonne ainsi que dans la rue. Elle intervient également dans des événements tels que le fête de l’insurrection tzigane de St. Denis.

Les différentes facettes de la pédagogie sociale.

L’apprentissage y est fondé sur le faire ensemble : en pédagogie sociale n’existe pas une dichotomie entre se préparer, s’exercer et réaliser. On apprend tous ensemble en faisant ensemble. Il n’y a pas un avant et un après. Il n’y a pas des personnes qui accompagnent et d’autres qui font. Tous ensemble d’abord on fait de la musique, puis on commence par bouger et ensuite on commence à danser : les moins expérimentés regardent ce que font les plus expérimentés, on tourne, on se bouscule et progressivement cela produit une harmonie vivante.

Progressivement tous les présents sont entraînées dans le rythme et il n’y a plus de spectateur et d’acteurs : tous deviennent auteur d’une œuvre commune. En pédagogie sociale nous n’avons pas peur de la communauté, nous la créons.

L’art et la musique en particulier sont un facteur important de la mise en phase des différentes cultures : l’interculturalité n’est pas un  »projet » mais une création vivante d’une œuvre produite par un métissage des différentes personnes chacune avec ses racines et ses richesses. On ne veut pas « faire de l’interculturel », on produit une réalité qui est interculturelle.

Portée de l’action d’Intermèdes

Cette action témoigne de la possibilité d’une auto-organisation progressive des personnes  précarisées, en s’appuyant sur des pratiques d’inconditionnalité, de gratuité et  de continuité.

Des actions très diversifiées sont crées et développées à partir des attentes et des suggestions des  personnes que nous rencontrons : soutien éducatif et scolaire aux enfants déscolarisés et précarisés, actions éducatives et d’éveil auprès de enfants vivant en hôtel social, productions maraîchères sur des terrains délaissés qui deviennent également des espaces conviviaux et d’éducation à l’environnement, cuisine de rue, ateliers culinaires s’adressant aux familles en précarité alimentaire, initiatives et groupes de parole, activités d’éveil pour la petite enfance dans les quartiers etc.

L’association alterne les actions pratiques de terrain à des moments de recherche et de réflexion. La pédagogie sociale peut ainsi se définir comme une praxis : l’action part d’une intuition théorique et revient vers la théorie qui s’enrichit ainsi de sotre que cet enrichissement rejaillisse sur la pratique dans un cycle qui s’alimente dans la durée.

Contact et lien  laurent.ott(at)orange.fr 

Voir ici le site