11 avril 2020

Demain émerge dans le confinement

Initiatives solidaires et propositions convergentes pour préparer le jour d’après

Plus jamais çà ! préparons le jour d’après. Seize organisations ont lancé le 7 avril un appel et une pétition nationale pour proposer des mesures urgentes et à plus long terme, porteuses de profonds changements politiques. Cet appel est signé par des organisations qui n’ont pas toujours travaillé ensemble : ATTAC, la CGT, les Amis de la Terre, la FSU, la Confédération paysanne, Greenpeace, Oxfam France, Solidaires, 350.org, ANV-COP21, CCFD Terre solidaire, Alternatiba, Convergence Services publics, Copernic, Reclaim France, UNEF. Cette pétition appelle les citoyen-ne-s, qui partagent le constat dressé d’urgence sociale et écologique et en ont assez des discours creux, à se mobiliser pour que le « jour d’après » soit construit ensemble, en rupture avec les politiques menées jusque-là.

Le Collectif « Changer de cap » se joint à cet appel, qui marque une étape importante dans la convergence pour une mobilisation commune et dans l’émergence de propositions communes.

Pour signer l’appel c’est ici

Parallèlement, la situation nouvelle provoquée par le COVID-19 et la catastrophe économique annoncée bouleversent bien des certitudes et catalysent les convergences avec le mouvement social. Toutes les forces politiques à gauche réclament une planification sanitaire plus forte, y compris celles qui ont géré l’affaiblissement de la politique publique de la santé et de l’hôpital. Toutes parlent de la fin de la règle des 3 % et du pacte de stabilité européen, de la suppression de la réforme des retraites et de l’assurance-chômage. Toutes réclament un plan de relance économique et écologique massif, des nationalisations. Beaucoup de chemin reste à faire. Cela sera-t-il provisoire ou définitif ? Est-ce que cela concernera les canards boiteux le temps qu’ils redémarrent ou les entreprises stratégiques pour la transition sociale et écologique ? Quels critères de gestion et quels droits des salarié-es? Toutes ces avancées doivent faire l’objet d’un vaste débat. Elles ne se produiront pas sans s’appuyer sur le changement radical qui s’opère déjà au sein de la population et sur la mobilisation (voir plus loin)

Chacun reconnaît aujourd’hui que ce sont les travailleurs méprisés par les puissants (et matraqués et gazés par les forces de l’ordre il y a encore quelques semaines,) qui tiennent le pays et le font tourner malgré les risques pour leur santé et leur vie, qu’il s’agisse des soignants, des caissières, des postiers, des livreurs, des cheminots, des paysans, des profs, des éboueurs. La situation est aussi un révélateur des inégalités sociales. Les risques face à la maladie ne sont pas les mêmes selon les classes sociales. Beaucoup de vacataires n’ont même pas le RSA, certains enfants ne mangent plus à leur faim. Par exemple à Brest 2200 écoliers ne bénéficient plus de repas gratuits à la cantine, et la mairie distribue des bons alimentaires (voir ici)

D’autre part une entraide spontanée se développe au sein d’une grande partie de de la population, bien au-delà des cercles militants habituels, comme on l’a constaté dans le passé lors de toutes les grandes catastrophes. Les relations deviennent plus intenses avec les proches, les voisins se parlent et s’entraident, on se dit bonjour dans la rue, des ateliers de masques s’improvisent, des jeunes viennent spontanément en aide aux personnes les plus fragiles. D’innombrables groupes de discussions se créent à distance. Beaucoup de mairies et de départements multiplient également les initiatives. Ces myriades d’actions constituent le socle d’une remise en cause du productivisme et du capitalisme qui nous est imposé depuis 40 ans, avec sa recherche du profit au détriment de l’humain et de la planète.

Un sondage paru dans Libération montre le progrès de ces remises en cause dans les consciences : 70 % des Français se prononcent pour réduire le pouvoir des actionnaires, 68 % pour des nationalisations de secteurs stratégiques, 84 % pour des relocalisations, 88 % veulent défendre l’accès à l’eau, à l’air de qualité, à la biodiversité, 69 % veulent ralentir le productivisme et la recherche perpétuelle de rentabilité, 91 % veulent interdire toute fragilisation de l’hôpital, 85 % de la sécu… Pour beaucoup, malgré ce qu’il représnete comme épreuve, le confinement est aussi une expérience personnelle. Il y a comme un retour à l’essentiel. Avec la diminution de nos déplacements, de nos loisirs, de nos consommations habituelles, nous redécouvrons le chemin de l’autonomie et de la solidarité. Qui aurait rêvé ça il y a 2 mois ?