2.1. Création monétaire par la BCE ou souveraineté monétaire ?

Aujourd’hui, la création monétaire est le monopole des banques, à qui on a remis ce pouvoir en 1973, et de la BCE, qui crée de la monnaie en prêtant de l’argent aux États, aux banques ou à des grandes entreprises qui ont du déficit (on dit « racheter les dettes »). Les unes et les autres ont le droit de prêter de l’argent à partir de rien (la confiance) ,et créent ainsi de la monnaie, qui est détruite quand on leur rembourse. voir ici la vidéo explicative.

Avec la crise sanitaire et économique, les États européens, ont creusé leurs déficits dans des proportions sans précédent, bien au-delà des 3 % prévus par le traité de stabilité budgétaire. De même les entreprises et les banques ont cessé leurs av ctivités pendant 3 mois. Des mesures rapides et exceptionnelles de soutien aux acteurs financiers privés ont été prises pour stabiliser les marchés financiers.

En France, 110 milliards ont été débloqués en quelques jours, dont 20 milliards pour recapitaliser les entreprises françaises en difficulté, alors qu’il était impossible de trouver 8 milliards pour les hôpitaux. Au-delà, il a accordé pour un montant faramineux de 300 milliards de garanties de prêts aux entreprises. Mais sur ce total seulement 1 milliard pour les personnes en difficulté et encore zéro pour les hôpitaux. Le déficit budgétaire dépasse 200 milliards d’euros et d s’élève à 11 % du PIB. Contrairement à d’autres pays, le gouvernement français n’a assorti ces aides d’aucune condition écologique ou sociale.

On est en train de reproduire la même erreur qu’en 2008. L’État est utilisé comme compagnie d’assurances en dernier ressort. On laisse une partie du secteur privé faire les mêmes bêtises qu’en 2008, sans régulation et on demande à l’État de socialiser les pertes (Gaël Giraud, A lire ici).

Si le contribuable doit rembourser cette dette colossale, on s’achemine tout droit vers une gigantesque crise budgétaire et économique et certainement vers l’éclatement de l’euro et de l’Europe (ibid). Pour réorienter l’ensemble de l’économie vers la reconversion sociale et écologique des activités. Une autre politique monétaire est indispensable. Il faut contrôler la finance, utiliser la dette publique à bon escient et revoir fondamentalement la politique fiscale (34 mesures pour un Plan de sortie de crise A lire ici).

De nombreuses voix s’élèvent, y compris celle de Mario Draghi, pour annuler purement et simplement ces 2 200 milliards de dettes publiques détenus par la Banque centrale européenne, dont 420 milliards pour la France. Une Banque centrale peut sans inconvénient fonctionner avec des fonds propres négatifs dès lors que les investisseurs et les gens ont confiance dans la valeur de l’euro.

Les États du nord de l’Europe (Suède, Danemark, Pays-Bas, Autriche) refusent toute mesure de solidarité par la création monétaire, et proposent des prêts assortis de conditions, comme l’Europe l’a fait pour la Grèce. Macron et Merkel proposent un plan à hauteur de 500 milliards d’euros, qui constitue un premier pas mais un niveau très insuffisant puisque les dettes publiques européennes s’élèvent à 2200 milliards d’euros. Face cette question décisive, la France peut envisager deux positions :

Position 1 Négocier une solidarité européenne par la création monétaire

Faire financer directement par la BCE les plans d’urgence et de reconversion des États et collectivités par la création monétaire, pour s’affranchir des marchés.

Pour Gaël Giraud, c’est le seul moyen d’éviter l’éclatement de la zone euro. Selon lui l’Italie et l’Espagne, dont la dette avoisine 160 % du PIB, quitteront la zone euro avant de se voir imposer ce qu’on a fait subir aux Grecs. Si les taux d’intérêt exigés pour leur dette publique explosent, le secteur bancaire italien n’y résistera pas, et derrière lui la BNP et LCL non plus, provoquant une crise financière majeure.

34 mesures pour un Plan de sortie de crise A lire ici

Gaël Giraud, (A lire ici)

Instaurer un audit permanent et créer un tribunal européen de la dette, afin de juger du meilleur moyen de s’affranchir du diktat des marchés financiers sans que cela mène à l’appauvrissement des plus vulnérables et à la catastrophe écologique

ATTAC La monnaie au service de la société Voir ici

Position 2. Recouvrer notre souveraineté monétaire et industrielle

Selon cette position, qui estime que l’Europe ne peut pas conduire la reconversion écologique et sociale, il est de restituer à l’État les instruments de pilotage monétaire et financier indispensables à la réorientation des flux d’investissement et à la relocalisation des consommations et des productions, et de mettre fin à l’indépendance des banques centrales et. Cette mesure s’accompagnerait de la nationalisation totale ou partielle du secteur bancaire.

Dominique bourg propose que l’État français cesse de payer les intérêts de la dette publique cumulés depuis 1974, date à laquelle on a mis fin au pouvoir de la Banque de France de battre monnaie : c’est l’essentiel (70%) de la dette française qui serait purement et simplement effacé.

« Nous n’ignorons pas la résistance de certains gouvernements européens à de telles idées. La France engagerait des négociations avec ses partenaires pour les convaincre de l’impérieuse nécessité d’une telle politique ». Dans l’hypothèse où elle n’obtiendrait pas gain de cause, elle pourrait décider de recouvrer sa souveraineté monétaire. Elle plaiderait alors pour conserver l’Euro sous la forme d’une monnaie commune et non plus “unique”, suivant la proposition jadis formulée par la Grèce.

Dominique Bourg et alt. Propositions pour un retour sur Terre. A lire ici p 5

« La décision de 1973  apparaît, avec le recul, d’autant plus injustifiée que la BCE ou la FED mettent en place des instruments de politique monétaire “non orthodoxes” (Quantitative Easing ou “Helicopter Money for People”), qui sont les équivalents exacts de la “planche à billet” que les orthodoxes reprochaient aux États de faire tourner à la moindre difficulté ».

 

Activer le décret Montebourg qui permet d’interdire les prises de participations étrangères dans les entreprises stratégiques.

Gaël Giraud, A lire ici).