Après le confinement, la nécessaire mobilisation (édito 28 mai)

La crise sanitaire et économique a fait prendre conscience de la possibilité de vivre et produire autrement, et de l’impérieuse nécessité de changer de système. De multiples propositions circulent. Ce document essaye de les recenser. Le but n’est pas de construire un programme mais classer les propositions. Sur de nombreux sujets, nous avons présenté plusieurs options. Ce travail fait aussi le lien avec de multiples actions de terrain (voir ci-contre), car l’avenir s’écrit aussi à partir de ces multiples actions auto-organisées. Nous espérons à travers cette démarche favoriser le débat et renforcer l’espoir autour de propositions crédibles face aux enjeux.

Avec la crise sanitaire, les premiers de corvée sont apparus brusquement indispensables alors qu’ils étaient hier matraqués ; le confinement s’est traduit par d’innombrables actions de solidarité ; certains ont découvert qu’ils pouvaient se limiter aux besoins vitaux ; ont expérimenté les effets écologiques et  humains du ralentissement. Cette crise a montré que la folie consumériste peut s’arrêter, et qu’en cas de coup dur la solidarité et la fraternité renaissent malgré les difficultés.

Elle nous fait aussi prendre conscience que d’autres crises encore plus graves peuvent survenir, sanitaires, climatiques, nucléaire ou géostratégiques. Si nous voulons y échapper, un nouveau cap de civilisation doit être pris dès maintenant, dont les grandes lignes sont :

– pour l’action collective et la vie en société, promouvoir dans la durée d’une logique de confiance et un autre rapport au vivant, refonder la démocratie et transformer les institutions, restaurer les équilibres écologiques

– pour l’économie, remettre en cause la propriété au profit des Communs, produire moins de biens (sobriété) et mieux (efficacité), pour que nos économies s’inscrivent dans le cadre des limites planétaires, relocaliser et planifier[1]

Mais comment imposer toutes ces transformations ? Le néolibéralisme est loin d’expirer. Des centaines de milliards d’euros sont donnés sans conditions par les banques centrales aux multinationales et aux banques, alimentant la spéculation. La stratégie du choc met en place une société de surveillance et de recul des libertés. Le patronat fait pression pour ajuster les salaires à la baisse, en s’appuyant sur la mise entre parenthèses du droit du travail, et l’entretien d’une « armée de réserve » de chômeurs et de précaires. Chaque jour qui passe montre que les tenants du système utilisent la crise pour tout reprendre comme avant, mais en pire. Comme le dit Reporterre, le système dominant n’est pas prêt à laisser le monde d’après prendre la voie écologique. Ses idées dont nous débattons ne sont pas partagées par tous.

Dans ce contexte, seule la mobilisation de tous permettra de détourner le Titanic. Après avoir lancé une campagne de dons, puis suggéré l’abandon d’un jour de congé pour l’hôpital, le gouvernement a dû se résoudre à ouvrir une grande négociation face la mobilisation des soignants. Mais c’est l’ensemble de la société qui doit aujourd’hui montrer sa détermination autour de quelques objectifs clairs dont chacun aura conscience. C’est pourquoi il nous a paru utile de rassembler ces propositions.

Ce document, élaboré par les membres du collectif Changer de cap, essaie de recenser quelques-unes des multiples propositions qui circulent. Ce recensement est nécessairement incomplet. Le but n’est pas de construire un programme mais de montrer l’existence de propositions crédibles et opérationnelles porteuses d’espoir

Ce travail nous fait constater une grande convergence entre les revendications des gilets jaunes et des marches pour le climat, qui restent d’actualité, les propositions des mouvements citoyens, des O.N.G. et des syndicats et les initiatives des forces politiques. Mais il subsiste de nombreux points de désaccord et de débats.

Sur de nombreux sujets, nous avons présenté plusieurs options, afin de favoriser la réflexion sur les principales questions à débattre, pour favoriser la réflexion de chacun et l’intelligence collective de tous ceux et celles qui estiment nécessaire un changement de système. Par changement de système nous entendons une sortie du capitalisme financier pour construire un monde vivable solidaire, reposant sur la confiance et non la lutte de tous contre tous, la responsabilité et le refus du meurtre des faibles, au nom de la fraternité universelle qui nous anime.

Ce travail fait aussi le lien avec de multiples de terrain avec lesquelles le Collectif « Changer de cap » est en lien[2]. Depuis plusieurs décennies, d’innombrables expériences se développent, porteuses de coopération, de solidarité, de lien social, de participation citoyenne, d’éducation populaire, etc. Toutes ensembles, elles dessinent déjà dans la réalité les contours d’une alternative globale[3].. Nous pensons que l’avenir s’écrit à la fois à partir de réflexions d’ensemble et de ces multiples actions auto-organisées sur le terrain.

Nous espérons à travers cette démarche libérer le pouvoir d’agir et de penser de chacun. Il est temps que chacun ait confiance dans la pertinence de ses idées et dans l’efficacité de son action, où qu’il agisse ou peut agir.

[1] Dominique Bourg et alt., Propositions pour un retour sur terre, A lire ici

[2] On trouvera sur le site du collectif une centaine d’exemples de ces actions.

[3] Didier Minot, Des associations citoyennes pour demain, ECLM, 2013, p. 151-227