Reconversion énergétique

Nous n’avons pas le choix. Sans modification radicale et à court terme de notre système énergétique, des bouleversements climatiques et géopolitiques aux effets dramatiques sont inéluctables. Il faut réduire aussi rapidement que possible des émissions de gaz à effet de serre, laisser dans le sous-sol plus de 80 % des réserves de et adapter nos modes de vie, de production et d’échanges à la nouvelle donne climatique. Il faut rompre en même temps avec les énergies du passé, ce qui inclut le nucléaire.

[+] La transition énergétique est une chance, Anne Bringeault, Marc Jedliczka, Thierry Salomon Voir ici

Sommaire :

  1. La ville de Güssing (Autriche), championne européenne des énergies renouvelables.
  2. Imposer la rénovation énergétique de 1300 pavillons, c’est possible !
  3. Quand des gilets jaunes remettent en état un moulin pour faire une micro centrale hydro-électrique
  4. Énergie solaire dans le Briançonnais
  5. Céléwatt, 2 parcs scolaires opérationnels
  6. Négawatt : Quantifier un scénario énergétique pour 2050

La ville de Güssing (Autriche), championne européenne des énergies renouvelables. 

« Gussing est la totalement autonome en énergie, aucune autre ville n’ayant encore atteint les 100% d’autonomie grâce aux énergies renouvelables ». Les élus locaux ont en effet décidé de mettre en place un plan énergétique, mettant à profit la grande quantité de biomasse (les matières organiques produites par les végétaux et les animaux) disponible dans la région, afin de remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables.

L’application de ce plan, piloté par le Centre européen des énergies renouvelables de Gussing – un organisme sans but lucratif –  a ainsi permis la création progressive de 35 installations de production d’énergie, sous forme de sociétés d’économie mixte avec la participation des agriculteurs locaux pour l’approvisionnement des matières organiques. Ont vu le jour, des centrales de production de biogaz pour la production de chaleur et d’électricité à partir de maïs, de trèfle et d’herbe, des centrales de production de biodiesel pour la production de carburant à base d’huile de colza, des centrales de gazéification du bois pour la cogénération de chaleur et d’électricité, et des installations solaires thermiques (eau chaude et chauffage), et photovoltaïques (électricité) ont ainsi été mises en place.

Résultat :

  • Une production de 70 millions de KWh/an pour le chauffage.
  • 28 millions de KWh/an pour l’électricité.
  • 8000 tonnes/an de biodiesel.
  • Une économie de 120 000 tonnes de CO2.
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Voir le site agence locale de l’énergie

Gussing (Autriche) – N°287 – 2020

Imposer la rénovation énergétique de 1300 pavillons, c’est possible !

Le quartier de Villers-Clairlieu est composé de 1330 pavillons identiques, dans la forêt aux portes de Nancy. Ces pavillons ont été construits en 1972-1973, juste avant le premier choc pétrolier, avec des panneaux de béton préfabriqués, se sont révélées de véritables passoires, très énergivores. Pour développer un système spécificique de rénovation énergétique, applicable à toutes les maisons, l’association Clairlieu Eco Défi est née en 2010, couplée avec une SCIC (Clairlieu Eco Rénovation Solidaire). La première rénovation d’une maison a demandé 2 ans, la seconde 9 mois, la troisième 6 mois. Il a fallu six ans de recherche et d’expérimentation pour mettre en place une méthode de rénovation collective adaptée, avec au total 400 réunions d’habitants. 

Aujourd’hui, le procédé qui a été mis au point permet d’isoler une habitation en quatre jours seulement. Ce procédé répond à des objectifs précis : être efficace, moins cher, permettre une isolation rapide, utiliser des matériaux bio-sourcés, créer de l’emploi, former les entreprises locales. La démarche n’aurait pas abouti sans l’association Clairlieu Eco Défi qui a mené un véritable marathon technologique et médiatique pour démontrer la crédibilité du projet. Le travail de sensibilisation continue : l’association organise des balades thermographiques pour observer ensemble une série de réalisations, et débattre ensuite pour comprendre les phénomènes de déperdition et connaître les solutions possibles. 

Voir ici le site avec beaucoup d’actions de sensibilisation réalisées.

Villiers les Nancy  (54) – N°155 – 2020

[+] Des lieux ressources pour lutter contre la précarité énergétique

Certaines collectivités ont mis en place des Agences locales de l’énergie et du climat, comme MVE à Montreuil (« maîtrisez votre énergie »). On trouve sur leur site des infos comme « Faire ses travaux sans tomber dans le panneau » des possibilités d’information et de formation. FLAME, la fédération des Agences Locales de l’Énergie et du Climat, propose 13 idées clés en main aux futurs élus pour leurs politiques locales de transition énergétique Voir ici les fiches proposées

Quand des gilets jaunes remettent en état un moulin pour faire une micro centrale hydro-électrique 

Lassés de l’absence de réponse à leurs revendications, les Gilets jaunes d’Auriol ont la volonté d’agir par eux-mêmes pour inventer de façon autonome des solutions à leurs problèmes, tout en continuant d’exiger de nouvelles politiques nationales.

Dans ce but, ils ont constitué une coopérative citoyenne pour mener diverses opérations : acheter un terrain et faire un jardin partagé, afin de donner à tous un accès aux légumes. Cette coopérative a également pour projet d’acheter un moulin, de le remettre en fonction afin de mettre en place une centrale hydroélectrique. Cette démarche est commune entre gilets jaunes, écologistes et citoyens. Elle est appuyée par Enercoop. 

Le projet s’appuie sur l’exemple du Moulin Marie-Thérèse de Velaux, dans le pays d’Aix. Avec l’aide de Provence énergie citoyenne, 200 coopérateurs ont collecté 170 000€ de contributions (pour 9000 habitants), pour un coût total de 700 000 €. Le Moulin alimente alimente 150 foyers en énergie verte. La rentabilité est de 4 % par an, après avoir constitué des réserves pour mettre en place d’autres projets.

Voir ici l’exemple du Moulin Marie Thérèse

AURIOL (13) – N°315 – 2020

Énergie solaire dans le Briançonnais

Le cadre juridique de ces dernières années a développé la participation des citoyens à la gouvernance des projets : la loi de transition énergétique (2015) , la mise en place de mécanismes de soutien dédiés dans les appels d’offre, les évolutions des règles de collecte de l’épargne citoyenne. L’introduction de la notion de “communautés énergétiques” dans deux directives européennes de 2018 et 2019 a insufflé une nouvelle dynamique car ces textes favorisent l’action de groupes de citoyens, de collectivités locales et/ou d’acteurs économiques en matière d’énergie.

A Puy-Saint-Vincent  et ses environs du Briançonnais, les toits de tôle sont souvent remplacés par des panneaux solaires. En 2010 fut lancée la  « Société d’économie mixte locale Soleil eau vent énergie » ( SEML SEVE ). A la base, une structure publique d’investissement dédiée à la production d’énergies renouvelables ; les particuliers, du village mais aussi d’ailleurs, peuvent entrer au capital en achetant des actions à 300 euros l’unité. Bénéficiaire après seulement deux ans d’activité, la société exploitait en 2015 quinze centrales solaires édifiées sur des bâtiments publics produisant par an 365 megawatts-heure, revendus à EDF. L’équivalent de la consommation de 150 foyers. 05290 ; De 100 000 euros, le capital est passé à 870 000 euros avec l’entrée de deux communes voisines mais surtout de la communauté de communes du Briançonnais, à hauteur de 250 000 euros.le producteur et distributeur d’électricité du coin, l’EDSB, qui détient 35 % du capital de la SEML SEVE, est détenu à plus de 50 % par la mairie de Briançon, le reste par EDF. Ce qui facilite beaucoup les choses au plan technique.

Voir le site

05290 ; Puy Saint Vincent ; N° 403 ; 2020

Céléwatt, deux parcs solaires opérationnels 

A l’ouest de Figeac, la commune de Brengues (213 habitants) est située dans le parc naturel régional des Causses du Quercy. La commune, vit du tourisme et de l’exportation de moutons, souhaitait œuvrer à son échelle pour la transition énergétique : aujourd’hui, le parc solaire citoyen de Brengues, dans la vallée du Célé, couvre l’équivalent de la consommation électrique de 220 personnes, hors chauffage. Soutenue par le Parc naturel régional , la commune est labellisée Territoire à énergie positive (Tepos).

voir l’article de Mediapart :  » Un circuit court citoyen et éthique de l’énergie :

 A Brengues, CéléWatt, une coopérative (SCIC) produit de l’électricité locale à l’usage des villageois dans deux petits parcs solaires, à Brengues (215 habitants) et Carayac (94 habitants). Bertrand Delpeuch ( l’un des fondateurs et actuel président de la SCIC ), espère à terme constituer une grappe de 5 ou 6 petits parcs.  La recette ? Impliquer la population dans le projet, la SCIC CéléWatt compte  plus de 500 sociétaires, majoritairement des habitants de la région.

Le parc solaire citoyen de Carayac,une énergie citoyenne produite localement pour une consommation locale,

 Les deux parcs solaires de Brengues et Carayac ont une capacité de 250 kWc [kilowatt-crête – ndlr], maximum autorisé sans demande de permis de construire. Avec les progrès  de la technologie des cellules photovoltaïques, on pourrait atteindre les 350 kWc en occupant une superficie identique, ce qui rendrait les parcs plus facilement rentables. Les installations solaires en toiture bénéficient d’un achat garanti par l’État mais les parcs solaires au sol ne reçoivent aucun soutien ;  si le projet est viable, c’est grâce à la collaboration d‘Enercoop qui achète l’électricité à 10 centimes le kWh dans le premier parc, 7 centimes dans le second ( le prix du marché avoisine les 5 centimes) ».

Voir ici l’article de Territoires-Conseils (2019)

46320 Brengues, n°327 ; 2021

Négawatt : Quantifier un scénario énergétique pour 2050

L’association Négawatt propose de repenser notre vision de l’énergie en s’appuyant sur une démarche en 3 étapes : prioriser les besoins énergétiques essentiels, individuels et collectifs, réduire la quantité d’énergie nécessaire à la satisfaction des besoins, prioriser les énergies renouvelables pour remplacer les énergies fossiles et le nucléaire.

Il s’agit d’une vision nouvelle des rapports de l’espèce humaine à son milieu et à ses ressources, ou la gestion de la planète se conjugue avec l’interdépendance des nations. Il s’agit aussi d’un changement de technique ce qui passe par la production de nouveaux systèmes sociaux techniques, dans lequel les innovations sont également sociétales. Il s’agit enfin de changement d’éthique et d’un nouveau récit du changement, susceptible de donner sens à l’action individuelle et collective .

Négawatt a élaboré un scénario de transition énergétique 2017-2050 pour la France, démontrant qu’il est possible à une France utilisant 100 % d’énergies renouvelables en 2050, tout en atteignant la neutralité carbone.

 Voir les scénarii Negawatt

 N°316 ; 2020