Lettre n°33 - Mars 2022

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Dans ce numéro...

En quelques jours, le contexte radicalement changé avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la résurgence des logiques de guerre. Le peuple ukrainien a besoin de notre mobilisation acharnée pour s’opposer à « l’aventure » de Vladimir Poutine. Avec les logiques de forces qui semblent s’imposer, c’est le monde qui est plus dangereux.

En France, ces événements viennent percuter la campagne présidentielle. Avec habileté et un parfait cynisme, Macron utilise la situation internationale pour mettre sous l’éteignoir nombre de questions essentielles qui devraient être débattues au cours de cette campagne : inaction climatique, destruction des services publics, l’accroissement indécent des grandes fortunes, instauration d’un régime autoritaire, etc.. Faute de débat pendant la campagne, ces questions ne peuvent que resurgir après l’élection, de façon irrépressible.

Nous essayons de nous y préparer. Au cours des derniers mois, le collectif Changer de cap a travaillé sur deux chantiers en rapport étroit avec ces enjeux : la multiplication de groupes d’entraide et de résistance, et les pratiques de contrôle des CAF, sur lesquelles nous mettons le focus dans cette lettre.

CAF : une maltraitance institutionnelle de grande ampleur,
automatisée, ciblée sur les plus vulnérables

ous dénonçons l’existence d’une maltraitance institutionnelle de grande ampleur exercée par les CAF, illégale et sans pitié pour les deux millions de bénéficiaires du RSA, les 800 000 bénéficiaires de l’Allocation adulte aux personnes handicapées (AAH) et les 3 millions de foyers recevant une APL. Circulaires occultes, contrôles à répétition, non-respect des procédures : tout est bon pour limiter le volume des prestations sous couvert de contrôles et justifier l’idéologie délétère du patronat et des libéraux de tous bords dénonçant « les pauvres et les étrangers qui profitent des aides » ou « le pognon de dingue » qu’ils coûteraient. Les témoignages recueillis par notre collectif, par le Défenseur des droits, la fondation Abbé Pierre, la CGT chômeurs, des centres sociaux, etc. sont accablants.

Souriez, vous êtes contrôlé !

Plus de 1 000 données par personne sont collectées sur 13 millions de foyers – soit 30 millions de  personnes. Un énorme fichier de la CAF a été mis en place par l’interconnexion des fichiers des administrations publiques et sociales, soi-disant pour dépister les fraudeurs.. 32 millions de contrôles automatisés ont été effectués en 2020. Les CAF ont aussi le pouvoir de consulter nos comptes bancaires, factures d’électricité et de téléphone, fiches de salaires, factures d’énergie, achats auprès des commerçants….

Ces données sont traitées à notre insu par des algorithmes opaques, dont les critères ne sont pas publiés. Chaque personne fait l’objet d’un profilage et d’un « score de risque » de fraude. Sont qualifiés de « risque » les situations précaires, des revenus variables, un lieu de naissance hors de France, une famille monoparentale,…. Sont considérés comme fraude les incompréhensions, les erreurs involontaires, y compris celles de l’administration, alors qu’en 2019 la fracture numérique et l’illectronisme touchent un quart des Français. Dans ces conditions les plus précaires concentrent la majeure partie des contrôles : femmes seules avec enfants, chômeurs, personnes handicapées, populations d’origine étrangère. Certains sont contrôlés plusieurs fois par an et subissent un véritable harcèlement.

Des pratiques illégales et dévastatrices

De nombreux témoignages rapportent que les procès-verbaux sont souvent inexistants. Les personnes constatent un jour qui n’ont pas reçu leur allocation, sans savoir pourquoi. Les documents qui existent sont de plus en plus édités par l’algorithme, de façon automatique en rapprochant des données, sans se préoccuper de la réalité des situations. La plupart d’entre eux sont des notifications sommaires qui ne précisent ni les modalités de calcul de l’indu, ni les délais de réponse, ni les voies de recours. Ceci est contraire à la loi.

De façon tout aussi illégale, les contrôles sont le plus souvent menés à charge : la cohabitation est assimilée au concubinage, des absences tout à fait régulières à un refus de contrôle. Des aides ponctuelles de survie des parents sont assimilées à des pensions alimentaires. Les 750 contrôleurs, souvent issus du rang, sont dotés de larges pouvoirs juridiques et d’investigation mais ne respectent pas le principe du contradictoire, ni la présomption d’innocence. En outre, les règles qu’ils appliquent sont parfois des circulaires internes inaccessibles aux personnes contrôlées. Tout ceci constitue des atteintes aux règles élémentaires du droit, empêchant les justiciables de pouvoir se défendre.

Ces dérives sont amplifiées par la désorganisation des CAF, liée à la numérisation et aux réductions d’effectifs qui en découlent. Les assurés connaissent de nombreux retards, des erreurs génératrices de versements à tort, puis de rappels, des demandes inappropriées qui les induisent sur de fausses pistes, des absences de réponses et l’impossibilité pour un allocataire de trouver un interlocuteur.

Les conséquences de telles orientations sont dévastatrices sur le plan social. La Fondation Abbé Pierre montre comment des familles ont été expulsées suite à des recouvrements qui ne tenaient pas compte du reste à vivre. La détresse psychique de nombreux citoyens est directement liée à leur impuissance face à l’arbitraire. Rappelons que 10 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, et que 12 % des Français souffrent de difficultés psychiques suite au confinement et à l’aggravation des inégalités. L’action présente de la CAF y contribue de façon non négligeable.

Une maltraitance institutionnelle

Nous dénonçons donc l’utilisation de la puissance du numérique à des fins de maltraitance institutionnelle et l’existence d’une police et d’une justice parallèles qui ne respectent pas les principes fondamentaux du droit, ni la Charte européenne des droits de l’homme, ni le pacte des droits civils et politiques de l’ONU.

Ces pratiques découlent directement des orientations imposées par les gouvernements successifs depuis 20 ans, qui en sont donc responsables. La convention d’objectifs et de gestion 2018-2022 de la CNAF considère que les prestations sociales sont des coûts qu’il faut réduire. L’objectif réel est de diminuer la part de la richesse nationale affectée à la solidarité envers les familles et ceux qui ont besoin de la solidarité nationale. Tout en pratiquant en permanence le double langage, le pouvoir politique semble toujours considérer « qu’on met un pognon de  dingues dans les minima sociaux ».

Quelques témoignages de contrôlé.e.s

Nous restituons ici à l’état brut quelques témoignages parmi la trentaine collectée à ce jour. On trouve sur la page dédiée de ce site une synthèse de ces témoignages, assortie de propositions de modifications des pratiques ou de la réglementation sur lesquelles nous souhaitons continuer avec d’autres la réflexion et l’action dans les prochains mois. Les prénoms ont été modifiés pour respecter l’anonymat

Prélèvement de trop perçus sur le compte bancaire sans respecter le reste à vivre

Florence (Grenoble). « Je ne peux pas survivre avec 300€ par mois. J’ai déjà vendu des livres, CD, DVD, vinyles, vêtements pour survivre. Or, la CAF vient de me réclamer plus de 1000€ de trop perçu concernant l’APL de 2021 et donne l’ordre à l’Office public de l’habitat de prélever ce mois-ci un loyer de 670 €, alors que normalement celui-ci est inférieur à 300€. De ce fait, mon compte présente un découvert de 1300€ alors que je vis avec zéro centime. Je ne peux plus retirer d’argent. Tout a une limite, je vais peut-être me retrouver à la rue, ce qui n’est pas du tout mon but dans la vie ! »

Harcèlement d’une personne handicapée, malveillance et erreurs répétées de la CAF

Parissa, 33 ans, vit seule avec le statut de travailleur handicapé. Elle bénéficie de l’AAH et d’une prime d’activité. En décembre 2021, la CAF lui demande ses ressources pour l’année 2020, période où elle ne percevait quasiment pas d’allocations. «  En 10 mois, j’ai subi au moins 3 erreurs de la CAF qui ont généré 2 « dettes », alors que mes déclarations ont été faites avec le plus grande exactitude des ressources perçues, documents à l’appui. En décembre dernier, la CAF a jugé bon de me demander un contrôle de ressources et de situation sur la période de décembre 2019 à décembre 2020, soit une période où je ne percevais quasiment pas d’allocation de leur part. Je n’ai sincèrement pas compris l’intérêt de ce contrôle, si ce n’est d’exercer une forme de pression. Sans explication de leur part, je trouve ces demandes particulièrement intrusives et maladroites, d’autant plus que, mes droits ayant été ouverts à l’époque et mes déclarations faites et qu’ils avaient déjà toutes les informations pour vérifier ma bonne foi ».

Quand la CAF refuse avec acharnement de reconnaître ses erreurs

Viviane, salariée intérimaire, ne travaille plus depuis mars 2020 à la suite de graves problèmes de santé, d’une longue hospitalisation et d’une période de rééducation qui a duré jusqu’en juin 2021. Elle élève seule son enfant à charge. Elle vit avec l’AAH  et l’APL. bien que la CAF de Paris ne lui ait pas notifié sa décision, elle constate que l’AAH a été suspendue en octobre 2021. Quand elle interroge  la CAF, l’agent lui répond que c’est en raison de l’absence de fourniture de récépissés relatifs à la pension invalidité, l’allocation supplémentaire invalidité, son accident du travail et une allocation veuvage. Or aucun texte n’exige une telle demande, qui est illégale. Elle saisit donc le tribunal en référé avec l’aide d’APICED qui la conseille.

A l’audience, le 7 février 2022, la représentante de la CAF commence par essayer, sans succès, d’empêcher de parler son conseil en contestant son intérêt à agir. Sans succès. Elle allègue ensuite que le contrôleur serait passé à son domicile à 2 reprises sans la trouver et que cela constitue un refus de contrôle. Le conseil fait valoir que rien n’exige de rester chez soi en permanence pour de telles aides. Puis elle demande le renvoi de l’affaire en indiquant qu’un rappel de l’AAH a été adressé 3 jours auparavant à Mme. Le conseil précise que ce rappel, qui était assorti d’une invitation à se désister ne constitue pas une reconnaissance des droits dont Viviane a besoin. Enfin, à bout d’arguments, la CAF indique qu’un agent va la contacter pour lui donner rendez-vous à un guichet le jeudi suivant et qu’il faut attendre ce contrôle. On admire l’acharnement du représentant de la CAF ne pas reconnaître ses erreurs et à multiplier les procédures. Comment une personne non accompagnée peut faire valoir ses droits ?

Suspension de l’AAH sans courrier ni motif, puis tentative de report de la charge sur la CPAM

Catherine, 40 ans, a subi 5 contrôles en 15 mois. Handicapée, elle a une valve au cœur et vit avec l’AAH. Elle découvre que ses droits sont suspendus sans aucune information préalable, ni information sur le motif de cette suspension. Chaque contrôle dure environ 3 mois. Il faut 3 mois supplémentaires pour rétablir les droits et verser un rappel, car la CAF est mal organisée et ne répond pas aux appels. Pendant toute cette durée ces allocations sont suspendues, en violation de la règle du « reste à vivre ». Elle n’a aucune ressource et doit emprunter aux voisins et va au Resto du cœur. Mais elle risque l’expulsion de son logement,

Sur son compte il lui est demandé de faire une déclaration ASF, mais si elle avait suivi ce conseil elle se serait placée dans l’illégalité car elle n’y a pas droit. Un courrier reçu dans son compte CAF l’informe que ces droits vont être suspendus si elle ne le fait pas. Ces échanges sont traités de façon automatisée.  Visiblement, la CAF essaye de faire porter par la caisse d’assurance-maladie la charge de ces personnes alors que l’AAH lui incombe. Aucune voix humaine ne peut l’écouter, elle dialogue avec des robots.

Des contrôles dès qu’il y a des variations des ressources, même minimes. Sans doute un mauvais réglage de l’algorithme ?

Bernadette. « Je fais ce travail d’accompagnement depuis 22 ans. Les choses se sont aggravées. Dès qu’il y a changement de ressources, même pour 50 à 100 €, immédiatement cela déclenche un contrôle, que ce soit à la hausse ou à la baisse. Or, de plus en plus, les personnes ont des revenus variables : intérimaires, remplaçants, etc. Cela est très fréquent par exemple dans les secteurs de la propreté, de la manutention, de la logistique. Cela engendre un sur-ciblage sur les travailleurs en situation de précarité. Lorsque les bénéficiaires de l’AAH ne travaillent pas alors que leur conjoint travaille, il suffit d’une variation dans le revenu du conjoint pour déclencher un contrôle sur l’AAH. »

Il est normal que ces variations soient prises en compte, mais il est totalement anormal que les allocations soient suspendues dès lors qu’il y a une petite variation. De même une personne contrôlée une première fois l’est ensuite de façon répétitive, parfois tous les 3 mois. Visiblement personne ne s’est soucié de régler l’algorithme pour fixer un seuil et fixer un délai après contrôle si la personne à un « score de risque » élevé. 

16 mois sans RSA jusqu’à intervention du médiateur

Myriam (Paris) constate  une rupture du versement du RSA pendant environ 16 mois. Elle ne reçoit aucune réponse à ses recours (CAF locale, CAF de Paris, mails…). Elle fait alors un recours auprès du médiateur qui intervient. La CAF reprend alors les versements et reverse les sommes dues, mais toujours sans fournir d’explications..

Trois ans pour avoir connaissance de ses données personnelles… et découvrir de fausses allégations

Nadine a fait l’objet en 2016 d’un contrôle qui s’est traduit par une demande de remboursement de 5 000€, qu’elle a contestée. La CAF a simulé une demande de remise de dette (qu’elle n’avait jamais faite) pour la lui refuser (ce qui établissait la reconnaissance de la dette). Elle a été déboutée au tribunal administratif, puis au Conseil d’État, tous deux se fondant sur les dires de la CAF. Elle demande alors l’accès à ses données personnelles, qu’elle obtient 3 ans après, en septembre 2019. Elle découvre alors que c’est une personne non assermentée qui a traité ses données, et que ce traitement avait un caractère discriminatoire. Elle découvre également qu’elle a fait l’objet 3 ans auparavant d’un contrôle inopiné dont elle ignorait même l’existence, interprété comme un refus de contrôle. Or un contrôle inopiné doit faire l’objet d’un rapport. Elle a donc demandé ce rapport à la CAF et à la CNAF, qui a fini par lui répondre que ce rapport n’avait pas été produit. Cela voulait dire que la créance n’était pas fondée. Elle a donc déposé une plainte au pénal contre la CAF par le canal d’un avocat.

Ce premier recueil de témoignages confirme amplement les observations du Défenseur des droits dans un rapport produit dès 2017, de la Fondation Abbé Pierre et de multiples associations. La numérisation et la gestion algorithmique des dossiers des allocataires méritent une attention particulière, notre collectif travaille sur le sujet de concert avec la Quadrature du Net et les Moutons numériques.

Pour poursuivre la réflexion et l’action, plusieurs ateliers se mettent en place au sein de Changer de Cap :

  • S’entraider et agir face aux contrôles et à la numérisation à marche forcée
  • Participer aux mobilisations communes au niveau local, national et européen
  • Travailler à des actions juridiques pour faire respecter la légalité et rendre effectif l’accès aux droits
  • Faire du numérique un Commun et de l’intelligence artificielle une aide à l’accès aux droits

Victoires et bonnes nouvelles

Nous présentons ici quelques bonnes nouvelles. La plupart des victoires sont acquises grâce à l’arme juridique, qui témoigne de la persistance d’un état de droit même si celui-ci est de plus en plus remis en cause par un post-libéralisme qui semble ne plus avoir besoin de la démocratie.

Le droit au compte bancaire rendu effectif

Depuis 1984, toute personne domiciliée en France ou dans l’Union européenne a le droit d’ouvrir un compte en banque. Mais la Cour des Comptes a constaté en mars 2021 que le tiers des agences bancaires refusent l’ouverture d’un compte, alors que 30 000 « recalés bancaires » ont fait jouer un droit au compte en 2020. Convergence services publics et le Collectif pour un pôle public financier ont donc organisé une campagne pour une meilleure inclusion bancaire des populations, avec l’appui de nombreuses organisations.

Un décret vient d’être publié au Journal Officiel instaurant, comme le demandaient les organisations la possibilité pour les demandeurs d’ouvrir un compte à la Banque de France dès lors qu’une banque n’a pas répondu à leur demande dans les 15 jours. Cette victoire est particulièrement importante dans le contexte actuel où de nombreuses démarches, paiements et versements relèvent de transactions bancaires.

Voir ici le décret

Les défenseurs des Jardins d’Aubervilliers obtiennent l’arrêt des travaux

Le 9 mars, la cour administrative d’appel de Paris a confirmé l’obligation de la mairie d’Aubervilliers de suspendre immédiatement les travaux de la piscine d’entraînement des Jeux olympiques de Paris 2024. Un mois plus tôt, le 10 février, la même cour avait déjà statué sur l’irrégularité du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) de Plaine commune. Les juges exigeaient alors la remise en conformité de ce document de planification de l’urbanisation, qui autorisait à tort l’aménagement de plusieurs projets sur une partie des jardins ouvriers. Les travaux devaient alors être interrompus. La mairie avait tout de même fait le choix de poursuivre les travaux. Elle s’est fait rattraper, le 9 mars, par une condamnation.

Voir ici l’article de Basta !

2 000 chauffeurs VTC s’affranchissent d’Uber et créent leur coopérative

Plus de 2000 chauffeurs VTC ont décidé de s’affranchir d’Uber et de sa gestion par algorithme pour créer une coopérative sous forme de SCIC. Celle-ci doit voir le jour au second semestre 2022, en Seine-Saint-Denis. Cette décision de rompre avec la précarité qui accompagne le management d’Uber est la suite logique des luttes syndicales menées par les chauffeurs depuis plusieurs années.

 

Victoire partielle contre la cellule Demeter

Comme on le sait, le Ministère de l’Intérieur a passé un accord avec la FNSEA pour affecter des gendarmes à la répression des militants qui s’opposent au système agricole industriel. Une opération pilote pour la répression des activités militantes. Les associations L214, Pollinis et Générations futures ont déposé devant le tribunal administratif de Paris un recours à l’encontre d’une « cellule visant à réprimer les militants ». Le tribunal refusé la dissolution demandée par les associations, mais a estimé que cette cellule doit cesser de viser les activités militantes et s’en tenir aux missions habituelles de la gendarmerie.

Le ministère de l’Intérieur a deux mois pour appliquer la décision, sous peine d’une astreinte de 10 000 euros par jour de retard. Les trois associations ont salué une décision qui vide la cellule Demeter de son objet principal, à savoir verrouiller le débat sur les pratiques agricoles conventionnelles et l’usage des piscines des pesticides. Le combat continue.

Lire l’article de Reporterre

Comprendre et s'informer

Un choc énergétique sans précédent depuis 50 ans

L’invasion de l’Ukraine se traduit par un choc énergétique de grande ampleur, appelé à bouleverser l’économie. Le cours du pétrole, a augmenté de près de 30 %. A la pompe, l’essence est au minimum à 2,10 euros le litre. La Russie est maintenant le deuxième producteur mondial de pétrole, avec 10 % de la production mondiale, et le premier fournisseur mondial de gaz. Elle fournit 40 % du gaz européen, (100 % pour l’Autriche, 60 % pour Allemagne, 50 % pour l’Italie). Or, avec la montée des tensions, les ruptures dans les livraisons de gaz et de pétrole semblent de plus en plus inévitables. Si Poutine décide de fermer le robinet, ces pays s’effondrent. 

La contrainte exercée par la flambée des prix de toutes les énergies (pétrole, gaz, électricité) sur les ménages, les entreprises, l’économie tout entière, va bientôt se révéler insupportable. Déjà, elle amène à de nombreux renoncements – produire, se chauffer, se déplacer. Les pays producteurs et les groupes pétroliers ont bien l’intention de profiter de ce nouveau rapport de force pour maintenir des prix hauts et pour revenir sur nombre de mesures écologiques prises à l’encontre de leur activité. Compte tenu des tensions et des risques, il y a tout à craindre pour les politiques de transition énergétique dans les mois à venir.

Ainsi, malgré tous les avertissements, l’Europe se retrouve prise au piège savamment anticipé par Vladimir Poutine. En dépit de grandes déclarations sur le climat, elle reste totalement dépendante d’une économie totalement carbonée, bâtie sur des prix de l’énergie le plus bas possibles. Par aveuglement idéologique néolibéral, elle s’est refusée depuis des décennies à penser en termes de sécurité et de stratégie énergétiques. La facture de ces erreurs risque d’être exorbitante sur le plan social, économique et stratégique. La nécessité d’une planification écologique et énergétique n’a jamais été aussi évidente. Mais elle prendra du temps, et d’ici là le pire est à craindre.

Lire l’article de Médiapart ou Lire ici le résumé de  l’article

 

Le 6e rapport du GIEC : dommages irréversibles et condamnation de l’inaction des pays riches

Les dérèglements climatiques entraînent déjà des dommages irréversibles pour la nature comme pour les sociétés humaines, ont alerté les scientifiques dans un nouveau volet du sixième rapport du Giec, publié le 28 février. Si les 2 °C de réchauffement sont atteints, 800 millions à 3 milliards de personnes vont connaître une pénurie chronique d’eau en raison de sécheresses accrues. Dans certaines zones, si les températures dépassent des niveaux très élevés, la vie humaine ne sera plus possible, et si, le niveau des mers monte de plus d’un mètre, la protection des zones côtières très peuplées avec des digues n’est plus possible non plus.

Les inégalités sont au cœur de la crise climatique. Les personnes et les pays les plus pauvres sont les plus durement touchées, Déjà  les pays africains doivent consacrer jusqu’à 5 % de leur PIB à l’adaptation au changement climatique pour une crise qu’ils n’ont pas provoquée. D’après le programme des Nations unies pour l’environnement, le coûts annuel de l’adaptation dans les pays en développement est estimé de 70 à 130 milliards de dollars au niveau mondial, ce qui est tout à fait apporté des états, quand on sait que 750 milliards ont été mobilisés pour les plans de relance européens. L’inaction des pays riches témoigne d’une irresponsabilité tout simplement criminelle.

Il est scandaleux que la crise climatique soit largement absente du débat présidentiel, malgré ce rapport et la double condamnation de l’Etat français pour inaction climatique

Voir ici l’article d’OXFAM

 

Définanciariser l’économie, un entretien avec Anice Lajnef

Dans le cadre des entretiens de l’Avenir en commun, notre ami et membre du collectif Anice Lajnef revient sur les orientations qui seraient nécessaires pour sortir du piège de la monnaie-dette et remettre l’économie au service du bien commun. Avec la clarté et la sérénité que nous connaissons, un exposé lumineux sur l’impérieuse nécessité de cette transformation.

L’entretien est disponible sur YouTube.

Vie du réseau, publications

« A demain mon amour ! » : un portrait tendre et bienveillant de Monique et Michel Pinçon-Charlot

Monique et Michel Pinçon-Charlot, sociologues, mariés depuis 50 ans, ont enquêté des années durant sur la grande bourgeoisie fortunée, les modes de vie des habitants des beaux quartiers. En 2007, à leur retraite, ils ont décidé d’intégrer à l’analyse de cette classe sociale les champs économique et politique qui manquaient cruellement à leurs recherches précédentes. Les portes de la bourgeoisie se sont alors logiquement refermées… Mais tout cela n’entame pas leur détermination à combattre le système capitaliste. Dans un documentaire en forme de portrait tendre et bienveillant, le réalisateur Basile Carré-Agostini dessine la force de leur amour et leur inébranlable engagement. Il est au cinéma depuis le 9 mars.

Voir ici l’article de Basta!

 

L’Encyclopédie du développement durable, une mine méconnue d’analyses et de propositions pour la reconstruction écologique

Dans le cadre de l’Association 4D (Dossiers et Débats pour le Développement Durable) ce projet militant de longue haleine, initié par Michel Mousel, Président fondateur de 4D, aujourd’hui disparu, et par Jean Pierre Piéchaud, est développé depuis 15 ans par de multiples auteurs bénévoles faisant autorité, avec un objectif d’éducation populaire.

Malgré son titre, qui date des années 2000, on y trouve de nombreux articles en matière d’écologie, de territoires, de sciences et techniques, de sociétés solitaires avec un bon moteur de recherche.

Consulter l’Encyclopédie du développement durable

 

Adhérer/soutenir le Collectif pour construire l’avenir

Aujourd’hui, nous avons besoin de l’adhésion ou du soutien de tous ceux et celles qui partagent cette aspiration à résister et construire dans ce contexte difficile. Aussi nous vous sollicitons pour adhérer à l’association en 2022.

Cette adhésion est d’abord un soutien symbolique et financier et un partage de la démarche, pour l’élargir et la renforcer.

Ce soutien financier est précieux, car cela nous permet d’être indépendants. Nous avons fonctionné jusqu’ici grâce à l’engagement bénévole de plusieurs dizaines d’entre nous. Mais ce fonctionnement touche aujourd’hui ses limites compte tenu du développement du réseau.

On peut adhérer individuellement ou collectivement au titre de son organisation :

  • Par internet, en cliquant sur le lien suivant : adhérer/soutenir le collectif. Les montants sont indicatifs. Chacun peut les adapter en fonction de l’état de ses finances.
  • Au moyen du bulletin d’adhésion/soutien à imprimer ici et à renvoyer accompagné d’un chèque.