Une éducation émancipatrice

NB. Il est impossible de restituer la diversité des actions d’éducation émancipatrices menées par des enseignants, des éducateurs, des associations  ou les collectifs citoyens. Dans  l’immédiat, nous donnerons ici quelques exemples d’actions porteuses d’émancipation susceptibles de donner des idées d’actions aux collectifs citoyens, avec le projet de construire d’ici quelques semaines un tableau plus complet.

Quand la méthode Freinet prouve son efficacité à Mons en Baroeul (Nord)

De 2001 à 2018, le groupe scolaire maternelle/primaire « Concorde » a pratiqué la pédagogie Freinet à Mons en Baroeul . L’équipe a rénové la pédagogie. Pendant 17 ans, on a constaté à la fois de bons résultats scolaires et une disparition de la violence dans la cour et des agressions verbales. Cette situation qui tranche sur la situation antérieure a été évaluée en permanence par une équipe de chercheurs de l’université Lille-III. Celle-ci a montré qu’il a fallu pour obtenir ces résultats :

augmenter les effectifs en essayant de retrouver une mixité sociale représentative du quartier.

– mettre en avant  la coopération plutôt que la compétition, l’entraide entre élèves, les projets collectifs

– inventer une nouvelle forme d’école et gagner la confiance des élèves en faisant appliquer un règlement décidé par les élèves eux-mêmes.

– mettre au point des procédures d’apprentissage, des techniques permettant aux enfants les plus en difficulté de progresser vers une culture participative et libératrice des conditionnements au fatalisme, à la hiérarchie et à la consommation.

Ainsi est illustrée l’idée que l’accès à la culture, aux langages élaborés n’est pas réservé à la couche la plus favorisée de la société. Il peut être à la portée de ceux qui ne l’ont pas reçu de leur famille.

Mais le tout restait fragile, à la fois soumis à la forte implication des 9 enseignants et au bon vouloir des élèves et des autorités. En 2018, les services académiques ont décidé de mettre fin à l’expérience, en contradiction avec les orientations de Jean-Michel Blanquer, malgré les manifestions des parents (voir la vidéo)

Voir ici le bilan de l’expérience avec les auteurs

59370 MONS EN BAROEUL ; n°151 ;  2009 et 2019

Théâtre de l’opprimé : trouver ensemble, par le théâtre, des solutions à des situations bloquées (T’OP à Lille)

Le Théâtre de l’opprimé met en évidence une situation d’oppression, une injustice. Certain-e-s tentent de changer la situation, d’autres sont passifs-ves, d’autres encore s’opposent au changement. Un-e comédien-ne qui facilite le débat théâtral, pose la question aux spectateurs/trices : « de qui êtes-vous solidaires ? » et « comment lutter pour que cela change ? ». Chacun est invité à monter sur scène pour essayer sa proposition, en remplaçant le personnage dont il/elle partage la volonté, et fait une tentative réelle. D’autres interventions suivront, peut-être contradictoires. Ensemble, le groupe cherche des solutions pour briser l’oppression. A Lille (mais aussi dans d’autres villes), l’association « T’OP-Théâtre de l’Opprimé » propose des représentations de théâtres-forums créés et joués par les comédiens de l’équipe, des stages de formation , produit des théâtres-forums avec des groupes à la demande. Voir ici le site

59000 LILLE n°176 2019

Approfondir ensemble l’éducation avec une université populaire de Parents

L’Université populaire de Parents Pau d’Ousse (64) est née au coeur du quartier Ousse des Bois, quartier populaire au nord est de Pau. En 2011, un groupe de parents s’est mobilisé pour créer une UPP, soutenu par le Centre social du Hameau et une association de prévention spécialisée. Le rythme des rencontres, est rapidement passé d’une fois à deux fois par mois avec, depuis deux ans, un rythme d’une réunion par semaine, voire deux dans les moments forts d’activités. A partir des questions de parents (difficulté de distinguer besoins et désirs des enfants, rôle du père et de la mère, rôle de l’école,…), le groupe fait une série d’entretiens approfondis avec d’autres parents, puis une analyse transversale des réponses. Les résultats ont été discutés dans des tables rondes associant des professionnels de l’éducation, des soirées débats d’échanges, etc. Il en ressort que l’éducation renvoie principalement, pour les parents, à la transmission des valeurs et l’apprentissage de l’autonomie de l’enfant. L’école est un lieu d’instruction, d’apprentissage et de socialisation, mais n’est pas perçue comme un lieu d’épanouissement. Ce sont d’autres structures qui constituent des espaces de découverte, d’ouverture au monde, de plaisir et d’épanouissement.

 L’université populaire a donné aux membres du groupe une prise de confiance en eux, le sentiment d’être dans une action de recherche valorisante parents et a contribué à un changement des représentations. Voir ici le site.

64000 PAU ; 2016 ; 185

NB. Il existe en France 38 Universités populaires de parents. Voir ici la démarche et la liste

 

Buoux (Vaucluse) Une colonie de vacances pour se construire ensemble

De 2002 à 2013, l’association Intolérage Œuvré pour développer la tolérance dès le plus  jeune âge, à l’initiative d’institutrices des quartiers nord et ouest de Marseille. Constatant que les exclusions entre groupes d’origines commencent dès la maternelle, elle a organisé chaque été dans le château de Buoux, dans le Luberon, des séjours de vacances citoyennes pour des enfants de 4 à 11 ans et pour des ados de 15/17 ans venant de ces quartiers. Des vacances citoyennes pour se construire ensemble et lutter centre teoues les formes de racisme. Les enfants pouvaient vivre à leur rythme, apprennaient à choisir leurs activités, voter des projets, élaborer ensemble leurs règles de vie. Ils pouvaient s’exprimer à travers des bilans hebdomadaires en petits groupes et des conseils de délégués. Les activités principales étaient le cirque et la nature. Malheureusement, en 2013, le Conseil général a mis fin à l’expérience en asséchant la trésorerie de l’association (retards systématiques de versements des crédits) Lire la suite…

13001 MARSEILLE n°206 2014

Intermèdes : une pédagogie sociale interculturelle en milieu ouvert

L’association Intermèdes Robinson, créée en 2005, invente en permanence de nouvelles modalités d’animation, d’éducation, de vie sociale et collective, en dehors des institutions et structures traditionnelles, afin de promouvoir des expériences de vie sociale, éducative et communautaire réellement accessibles à tous. Un constat est à l’origine de ce projet :  »les enfants et les familles précaires sont de plus en plus exclus des structures et espaces collectifs qui avaient été mis en place pour eux ». Ses actions sont inconditionnelles, gratuites, intergénérationnelles, interculturelles, coopératives, avec une permanence dans le temps.

Des actions très diversifiées sont inventées à partir de l’écoute, des attentes et des propositions des personnes rencontrées : soutien éducatif et scolaire aux enfants déscolarisés et précarisés, actions éducatives et d’éveil auprès de familles vivant en hôtel social. Des productions maraîchères sur des terrains délaissés deviennent des espaces conviviaux et d’éducation à l’environnement, cuisine de rue, ateliers culinaires s’adressant aux familles en précarité alimentaire, groupes de parole etc.

L’association a démarré son action à Longjumeau selon en milieu ouvert, dans les espaces extérieurs pour les enfants et les parents (pelouses des immeubles, terrains vagues…). Progressivement, elle a développé ses activités à des espaces publics des quartiers, bidonvilles, hôtels sociaux, jardins communautaires, et aux villes mitoyennes de Massy et Chilly, ainsi qu’à différents bidonvilles du nord de l’Essonne qu’elle a suivis au fil des expulsions. Voir ici le site 

91160 LONGJUMEAU ; n°74 ; 2017

Comment Terrain d’entente (42) construit des initiatives porteuses d’émancipation avec les plus méprisés

Terrain d’entente pratique la même pédagogie sociale qu’Intermèdes dans le quartier de Beaubrun/Tarentaize à Saint Etienne. Elle est présente sur le terrain tout au long de l’année auprès des familles ignorées et méprisées par la société. Face à ce que le système produit de plus violent : le déni d’une frange entière de sa population, un petit collectif bien vivant construit concrètement, avec la participation des adultes et des enfants, des initiatives porteuses d’émancipation. Des initiatives qui paraissent insignifiantes permettent de s’engager en semblant dans une relation non-violente, centrée sur le respect de chacun et de tous, où l’être humain retrouve la place qui est la sienne. Voir ici le site

 

42000 Saint-Etienne ; n°48 ; 2017